La Seyne : les habitants contestent l'abattage de 108 arbres
La Seyne : les habitants contestent l'abattage de 108 arbres

Une cinquantaine d'habitants de la résidence Les Collines de Tamaris, à La Seyne-sur-Mer, rejoints par des élus, se sont mobilisés ce samedi pour dénoncer l'abattage de 108 arbres imposé par la Sécurité civile communale. La décision, justifiée par la prévention des incendies, est jugée « disproportionnée » par les résidents, qui réclament une étude arbre par arbre et une contre-visite de l'ONF.

Un rapport de l'ONF durci par la Sécurité civile

La résidence Les Collines de Tamaris, construite il y a 50 ans dans une pinède au pied du fort Napoléon, compte 18 bâtiments, plus de 280 résidents et près de deux cents arbres. En 2024, l'ONF a établi un rapport préconisant de couper 58 arbres au nom de la prévention incendie. L'opération n'ayant pas été réalisée, et le préfet ayant durci les obligations légales de débroussaillement (OLD) en septembre 2025, la Sécurité civile communale a porté cet été à 108 le nombre d'arbres à couper. En mairie, on indique que la Sécurité civile « a pris le relais de l'ONF afin de faire appliquer les nouvelles règles ».

Ce chiffre révolte une grande partie des habitants, opposés à ce qu'ils nomment « un abattage massif déconnecté de la réalité ». Réunis ce samedi, ils ont reçu le soutien de personnalités locales. « Nous disons oui au respect des OLD, mais nous disons oui aussi à la préservation de notre patrimoine naturel et de notre cadre de vie. Ce que nous contestons, ce n'est pas la règle, mais son application systématique, excessive et dépourvue de discernement face aux réalités du terrain », expliquent les résidents mobilisés. Ils demandent « une approche proportionnée, argumentée et contradictoire, examinant arbre par arbre les alternatives : élagage, débroussaillement, mise à distance des houppiers ou abattage lorsque c'est réellement nécessaire ».

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Les habitants mettent en avant leur bonne foi

Les résidents veulent aussi convaincre de leur « bonne foi » : « On a effectué un débroussaillement drastique en juin, comme tous les ans. Et depuis 2004, environ 210 arbres ont été abattus. En 2024, l'ONF a d'ailleurs écrit dans ses conclusions que “les espaces verts et forestiers de la résidence font l'objet d'un travail d'entretien régulier” et que “d'une manière générale, l'élagage est assez bien réalisé, même si quelques améliorations sont à prévoir”. En plus, l'ONF reconnaît que la copropriété a “une identité paysagère forte”. »

Autre preuve de « notre bonne foi, ajoutent les habitants : nous avons voté un budget pour couper, le mois prochain, 34 arbres sur les 58 identifiés par l'ONF. On a ciblé ceux qui sont impossibles à sauvegarder car trop proches des bâtiments, alors que les 24 autres relèvent de l'aménagement paysager ». Entre autres exemples pointés par les habitants : ce pin, marqué d'une croix par la Sécurité civile, doit être abattu alors que son tronc est situé à plus de 5 mètres des immeubles (seuil de sécurité à respecter). « Il suffit de l'élaguer », estiment les résidents.

Par ailleurs, les résidents font part de leur « incompréhension » car, « d'un côté, les politiques publiques demandent de préserver les espaces naturels, de maintenir les corridors écologiques, de lutter contre l'artificialisation des sols, de renaturer et d'adapter les lieux de vie au changement climatique. De l'autre côté, on nous demande un abattage massif. Où est la cohérence si l'on coupe ce que l'on nous demandera de restaurer demain ? Et où est l'analyse des conséquences sur la biodiversité, les sols, l'érosion et les corridors écologiques ? »

Le soutien d'élus locaux

Ces résidents ont reçu le soutien de l'ex-maire Jo Minniti, qui habite ici depuis plusieurs années. Il partage les arguments avancés : « On est tous conscients qu'il faut tenir compte du risque incendie, et donc éloigner la végétation des immeubles, mais ce qui est demandé va bien au-delà. Là où l'ONF avait prévu un élagage, la Sécurité civile veut couper, y compris des arbres situés à plus de 5 mètres des immeubles, alors qu'il suffit de les élaguer. Mettre en sécurité, ce n'est pas tout abattre. »

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Christine Sinquin, ex-1ère adjointe au maire, abonde : « Si on applique à la lettre les OLD, plus personne n'aura d'arbres sur sa propriété. Or il faut garder de l'ombrage et ne couper qu'au cas par cas, en plusieurs phases, ceux qui présentent un réel danger. En plus, ici, une partie des arbres ciblés sont situés dans un espace boisé classé. »

Même tonalité pour Florence Cyrulnik, qui fut adjointe au maire déléguée au patrimoine durant près de 20 ans : « Il faut à la fois préserver l'aspect naturel et lutter contre le risque incendie. Donc débroussailler, élaguer et abattre quand c'est nécessaire, mais au coup par coup après une discussion approfondie sur place, et non dans un bureau. »

Également présent, Ludovic Pontone, conseiller départemental et vice-président du SDIS, ajoute : « Personne ne conteste qu'il faille intervenir quand des arbres touchent des façades, mais il faut faire les choses avec bon sens : on coupe, on reboise, on abat, on replante. Le seul organisme qui peut vous dire ce qu'il faut faire, c'est l'ONF, car c'est l'État. Il faut que vous demandiez une contre-visite de la part de ses services. Et vous aurez mon appui ; je vais solliciter le préfet pour lui demander de venir sur place pour un arbitrage. »

La mairie maintient sa position

Reste à savoir si ces prises de position infléchiront la position des autorités. Du côté de la mairie, on indique que si l'abattage des 58 arbres ciblés par l'ONF n'est pas effectué à l'automne, les verbalisations tomberont. Et la ville demande aux copropriétaires de prévoir, lors de leur prochaine assemblée générale, le budget pour la coupe des 50 autres arbres identifiés par la Sécurité civile. Avec un argument choc : « S'il y a un incendie avec des victimes, c'est le maire et le préfet qui seront responsables, pas les résidents. »