Universités à la hauteur ? Le débat fait rage à Montpellier
Universités à la hauteur ? Le débat fait rage

À l'occasion de la rentrée universitaire, le quotidien Midi Libre a confronté deux points de vue opposés sur la capacité des universités françaises à répondre aux défis actuels. D'un côté, Philippe Augé, président de l'université de Montpellier, affirme sans ambiguïté que « oui, elles sont à la hauteur ». De l'autre, Paul Alliès, professeur honoraire, évoque « un démantèlement qui a commencé » et alerte sur les propositions gouvernementales et sénatoriales de sélection à l'entrée et de hausse des droits d'inscription.

Philippe Augé : des universités transformées et exigeantes

Dans sa tribune, Philippe Augé reconnaît que la publication annuelle du classement de Shanghai suscite des réactions contrastées, mais il refuse de piloter son établissement en fonction de ces palmarès. Il rappelle que l'université de Montpellier figure dans le top 200 mondial du classement 2026, une « belle reconnaissance » en termes de visibilité et d'attractivité. Il insiste sur la mission première des universités : « la formation de citoyens éclairés ».

Le président de l'université de Montpellier justifie sa réponse positive par plusieurs arguments : les universités sont « un pilier essentiel de la République » garantissant l'égalité des chances et l'ascenseur social, elles accueillent une grande diversité d'étudiants « sans sélection par l'argent », et elles délivrent des diplômes reconnus par l'État, adossés à des équipes de recherche. Il souligne également leur capacité à assumer des missions nouvelles comme la transition écologique, la santé étudiante, l'inclusion ou la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

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Philippe Augé met en avant l'exemple de l'université de Montpellier, issue de la fusion des universités Montpellier 1 et 2 en 2015 et du programme I-SITE « Nourrir, soigner, protéger ». Elle compte plus de 55 000 étudiants et 5 300 personnels, et assure un maillage territorial sur l'ensemble de l'Occitanie Est. Il déplore néanmoins le « bashing anti-fac » et les « discours simplistes » qui donnent une image déclassée des universités, alors qu'elles se sont « profondément transformées depuis 20 ans ».

Paul Alliès : un démantèlement en cours et des propositions inquiétantes

Paul Alliès, professeur honoraire, adopte une position radicalement différente. Il s'appuie sur un récent rapport sénatorial intitulé « assumer l'excellence » qui fixe aux universités un objectif de performance, bousculées par leur « massification » et une « sévère austérité ». Il critique vivement le classement de Shanghai, créé en 2003 par l'université chinoise pour cartographier les meilleures institutions mondiales, et qui ne retient que des « critères purement quantitatifs » (taille des institutions, nombre d'articles publiés dans des revues anglo-saxonnes, prix Nobel) au détriment de la qualité de l'enseignement.

Selon lui, la recherche française décroche dans cette compétition : elle est passée de la 6e à la 13e place de la production mondiale en 20 ans, et sa part de l'audience mondiale est tombée de 4,3 % à 2,7 %, derrière l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne ou le Royaume-Uni. Il juge « périlleux » de promouvoir ce classement comme « l'arbitre suprême de la valeur académique du pays ». Il rappelle que le système français a construit sa valeur sur une science orientée vers le développement social et humain, évaluée par les pairs, et que cela a permis de hisser 52 % d'une classe d'âge diplômée de l'enseignement supérieur, soit 10 % de plus qu'en Europe.

Paul Alliès dénonce un « démantèlement » déjà engagé : désengagement budgétaire massif de l'État, développement de l'enseignement supérieur privé (27 % du total) souvent médiocre et lucratif, remise en cause de l'indépendance et des libertés académiques, dégradation des conditions de vie étudiante et « ségrégation malthusienne » des étudiants étrangers. Il pointe également les propositions du ministre et d'une commission du Sénat : sélection à l'entrée des universités et multiplication par cinq des droits d'inscription (en moyenne 1 000 € annuels, 3 500 € pour les « étrangers »).

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Des Assises pour une « refondation » de l'université

Face à ces constats, Paul Alliès signale qu'à l'appel d'une trentaine de sociétés savantes et de réseaux d'enseignants-chercheurs, des Assises viennent de se tenir à Paris et se tiendront bientôt dans 17 régions. Leur objectif : établir les conditions d'une « refondation » de l'université et de la recherche, au défi de l'intelligence artificielle. Un livre blanc sera remis aux candidats à l'élection présidentielle, avec la question de savoir s'ils en feront un sujet de débat.