C'est à Banyuls, dans les Pyrénées-Orientales, que Louis Boutan a réalisé la première photographie sous-marine mondiale en 1893. Cet exploit, qui a eu un retentissement mondial à l'époque, est aujourd'hui mis à l'honneur dans le cadre du bicentenaire de la photographie, avec une exposition au Pavillon populaire de Montpellier jusqu'au 1er novembre.
Une prouesse née à Banyuls
Biologiste marin au laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer, Louis Boutan, alors âgé de 34 ans, a réussi à prendre la première photographie sous-marine de l'histoire. L'idée lui est venue après un voyage en Égypte, où il avait été frappé par la beauté des paysages sous-marins. Il racontait : « L'étrangeté de ces paysages sous-marins m'avait causé une très vive impression. J'aurais voulu rapporter de ces explorations sous-marines un souvenir plus tangible ; mais il n'est guère possible, quelque bon scaphandrier que l'on soit, de faire un dessin, voire même un croquis, au fond de l'eau. Je résolus alors d'essayer l'image photographique ; puisqu'on arrive à prendre sans difficulté un paysage en plein air, pourquoi, me disais-je, ne parviendrait-on pas à faire une photographie au fond de la mer ? »
Au printemps 1893, il plonge équipé d'un scaphandre à pieds lourds et d'un boîtier étanche, spécialement conçu par son frère Auguste et Joseph David, mécanicien de Banyuls et capitaine du bateau vapeur le Roland. Après plusieurs essais à trois, cinq et neuf mètres de profondeur, il trouve le lieu propice et réalise l'exploit. L'image, un peu floue, montre un paysage marin occulté par l'éclairage qui met en lumière le premier plan.
Une image exposée à Montpellier
L'exposition « Premières fois/premières photos » au Pavillon populaire de Montpellier présente l'une des photographies de Louis Boutan, prise en 1898, cinq ans après ses premiers essais. Elle immortalise Joseph David en scaphandre avec les mots « Photographie sous-marine » inscrits dans une cuvette de dissection en céramique. Réalisée à l'aide d'un flash lampe tonneau expérimental, cette image est l'une des 200 présentées dans le cadre du bicentenaire.
Luce Lebart, commissaire de l'exposition, souligne : « On a l'impression qu'il flotte, c'est l'idée, magnifique, d'un autre univers et c'est aussi l'émotion des images premières, du jamais vu, qui ouvrent un champ des possibles incroyable. » Elle ajoute que « la lune et le monde sous-marin, ce sont des images de conquêtes, avec les fantasmes que cela suscite. »
Un héritage toujours vivant
Depuis ces premières images, la technique a considérablement évolué. François Brun, plongeur et photographe sous-marin, coauteur d'un documentaire sur Louis Boutan, explique : « Le grand bond, ça a été le scaphandre autonome de Cousteau, parce que personne ne pouvait avoir une équipe à la pompe. Et puis le grand boom, ça a été le numérique. Même avec un téléphone portable qu'on met dans une boîte, on peut faire des photos sous l'eau. »
Il considère Laurent Ballesta, photographe sous-marin héraultais, comme « probablement le meilleur photographe sous-marin au monde, toujours avec le feu sacré, le digne successeur du visionnaire et touche-à-tout qu'était Louis Boutan ». Laurent Ballesta, qui témoigne dans le documentaire, comprend « la frustration de ne pas pouvoir rester aussi longtemps qu'on le voudrait » sous l'eau. Il souligne que la photo permet de « prouver le récit qu'on ramène de notre plongée », même si l'exercice reste difficile : « C'est un exercice masochiste presque, parce que la photo c'est la lumière et plus on descend moins il y a de lumière. »
Un festival d'archéologie sous-marine et du patrimoine maritime est organisé à Collioure et Port-Vendres du 27 au 29 novembre, perpétuant ainsi la mémoire de cette invention née à Banyuls il y a 133 ans.



