Le préfet des Alpes-Maritimes, Jean-Marie Girier, a annoncé l'interdiction des manifestations et rassemblements ce samedi 24 octobre dans un large périmètre du centre-ville de Nice, après les violences et pillages du 17 octobre. Dans une interview exclusive accordée à Nice-Matin, il a détaillé les mesures chocs pour éviter de nouvelles émeutes.
Un dispositif de sécurité renforcé
La zone interdite, plus étendue que celle du couvre-feu, englobera notamment la gare, le Carré d'Or, Masséna, le Vieux-Nice, le port et le secteur du boulevard Gambetta. Les commerces resteront ouverts et accessibles au public. Au total, 650 policiers, gendarmes et militaires de l'opération Sentinelle seront déployés dans le département, « conformément à ce qu'a demandé le Premier ministre ». « À Nice, les effectifs passeront de 250 à 450 », a précisé le préfet. D'autres communes du littoral et les abords des centres commerciaux bénéficieront également de renforts. Le RAID sera mobilisé.
Des enseignements tirés des violences du 17 octobre
Interrogé sur les enseignements de la semaine précédente, Jean-Marie Girier a souligné que « la viralité numérique a une traduction physique, dans un temps extrêmement court ». Il a cité le cas de jeunes interpellés qui, le matin même, étaient sur leur canapé en train de regarder les réseaux sociaux. « Ils ont vu ce qui se passait à Marseille. Ils se sont dit "On va prendre le bus, le train, pour aller faire la même chose à Nice" », a-t-il expliqué. Dans les interpellations de la semaine dernière, 50 % des personnes n'étaient pas niçoises. Elles sont venues du Var, de Cannes, de Menton et se sont donné rendez-vous à Nice.
Des fouilles préventives et un véhicule blindé du RAID
Le préfet a confirmé qu'il y aura des fouilles préventives. « Quand vous arrivez un samedi après-midi avec des lunettes de ski habillées en noir et avec une cagoule dans le sac à dos, il n'y a pas trop de doutes sur l'intention », a-t-il justifié. Il a également annoncé le déploiement du véhicule blindé du RAID, car il est en capacité de venir pousser et de dégager des barricades. « Un véhicule de CRS, aujourd'hui, ne le peut pas », a-t-il ajouté, faisant référence aux barricades érigées sur l'avenue Jean-Médecin avec des barrières, des poubelles et du mobilier urbain. Il a appelé tout le monde à laisser circuler les véhicules de secours dans le centre-ville.
Le préfet invite les Niçois à faire leurs courses samedi
Malgré les craintes suscitées par les violences de la semaine dernière, Jean-Marie Girier a affirmé que les Niçois seraient « en grande sécurité » s'ils venaient faire leurs courses samedi, au regard de la présence policière. « Si vous n'arrivez pas en noir avec des lunettes de ski et une cagoule, vous serez tranquille. Et vos commerçants seront heureux de vous accueillir », a-t-il ajouté. Il a fait de cette fréquentation un enjeu qui dépasse la seule activité des boutiques : « C'est important pour l'image du territoire aussi, pour le tourisme. » Il s'est engagé sur la protection des commerces : « Cette semaine, je veux les rassurer, notre dispositif va permettre de les protéger, de les sécuriser. »
Des regrets mais pas de remise en cause
Interrogé sur d'éventuels regrets concernant la gestion de la crise, le préfet a répondu : « C'est toujours facile de refaire l'histoire a posteriori. Et puis, il ne faut pas inverser les responsabilités. Ce qui s'est passé n'est pas de la faute de la police. C'est de la faute des casseurs. » Il a toutefois reconnu des regrets : « Parce que, quand on termine avec quinze commerces cassés, on ne peut pas nier que, pour nous, c'est une forme d'échec. » Il a rappelé que pendant neuf heures, le maintien de l'ordre a été extrêmement difficile, avec douze blessés, et qu'heureusement il n'y a pas eu de blessés graves parmi les manifestants.
Le décalage d'une heure et la polémique sur les étrangers
Concernant le décalage d'une heure dans l'arrivée des forces mobiles, Jean-Marie Girier a confirmé : « Il y a eu un décalage d'une heure. C'est certain que j'aurais préféré ne pas l'avoir. » Il a expliqué que la force mobile habituellement dédiée à l'immigration à Menton est venue renforcer le centre-ville, alors que la première force mobile était partie à Marseille, une décision qu'il jugeait justifiée. Sur les déclarations d'Éric Ciotti dénonçant de « l'amateurisme », le préfet a répondu : « Je ne suis pas là pour commenter les déclarations du maire », tout en affirmant que localement, ils ont très bien travaillé ensemble. Il a également réagi à la polémique sur la proportion d'étrangers parmi les interpellés, précisant qu'ils représentent 37 % des interpellés, majoritairement en situation régulière, dont des citoyens européens. « Je n'ai pas à commenter les instrumentalisations politiques qui ont pu être faites de ce chiffre », a-t-il ajouté. Il a indiqué attendre les suites judiciaires avant de statuer sur d'éventuels retraits de titres de séjour.
Un avertissement aux familles
Le préfet a lancé un avertissement direct aux familles : « Vos enfants, ne les envoyez pas dans le centre-ville tout seuls. […] Samedi après-midi, il faut que les parents sachent ce que font leurs enfants. Parce que le risque, tout simplement, c'est qu'ils les retrouvent au commissariat. » Il a défendu la mesure de couvre-feu pour les mineurs, la qualifiant de « bon outil » qui envoie un signal symbolique et offre un outil opérationnel. Il a cité le bilan de la première soirée d'application : trois enfants de 12, 13 et 15 ans pris en charge. « Qu'est-ce que vous faites à 12 ans, à 22 heures, tout seul dans le centre-ville de Nice ? En fait, c'est aussi un sujet de responsabilité parentale », a-t-il conclu.