Menacé d'inéligibilité, l'élu LFI Rhany Slimane, conseiller municipal et métropolitain de Montpellier, a annoncé son intention de saisir le Conseil d'État. Dans un entretien accordé à Midi Libre, il dénonce une "manœuvre politique" et affirme que pour le sortir du jeu politique, "il faudra me coudre la bouche avec du barbelé". Il promet de poursuivre son combat pour sa ville, avec ou sans mandat.
Une décision judiciaire contestée sur la forme
Rhany Slimane revient sur la décision du tribunal administratif qui a annulé son élection. Il estime que le tribunal "me donne raison sur le fond, mais juge sur la forme et ne va pas au bout de son constat". Il précise que la juridiction a reconnu qu'il dépendait d'Alenka Doulain, et non du maire, et qu'elle l'avait dispensé de préavis. "Je considère donc que je n'étais pas en faute", ajoute-t-il, justifiant son recours devant le Conseil d'État.
L'élu insoumis voit dans cette situation une "volonté manifeste de créer cette situation". Il évoque des soupçons de corruption qu'il aurait signalés au procureur dès le début de son mandat, concernant des enveloppes échangées contre des logements sociaux dans l'entourage professionnel du maire. "Une enquête est en cours, il y a eu des auditions", affirme-t-il, tout en reconnaissant ne pas pouvoir affirmer que cela explique la décision du tribunal. "Je ne crois pas aux coïncidences", conclut-il.
Une vision politique opposée à celle de Michaël Delafosse
Rhany Slimane critique frontalement la stratégie du maire de Montpellier, Michaël Delafosse. Il dénonce une vision de la ville héritée des années 1970, "Montpellier jusqu'à la mer", basée sur l'attractivité et la métropolisation. "Moi, je défends une forme de souveraineté communale, en partant du bas, en créant des entreprises ici, dans l'économie réelle, avec des emplois non délocalisables", explique-t-il.
Il pointe le taux de chômage de la ville, "supérieur à la moyenne nationale, qui grimpe jusqu'à près de 30 % dans certains quartiers". Pour lui, "l'emploi et le logement sont les deux conditions pour rendre cette ville vivable". Il s'inscrit en rupture avec "cet héritage politique issu de l'ère Georges Frêche, qui perdure depuis cinquante ans".
Un engagement politique qui ne dépend pas d'un mandat
Interrogé sur son avenir politique, Rhany Slimane assure : "Je n'ai pas de fétichisme du mandat. Quoiqu'il arrive, je n'arrêterai pas la politique." Il compte revenir au "militantisme de rue, le combat pour les quartiers populaires et le droit au logement". Il rappelle son parcours : "J'ai 41 ans, j'ai eu une carrière de commercial, j'ai été danseur… J'ai toujours travaillé."
Attaché parlementaire du député LFI François Piquemal, il affirme que son combat ne dépend pas de son titre. "Je continuerai à défendre Montpellier, avec ou sans mandat", promet-il. Il exprime sa colère face à la dégradation de son quartier d'origine, Saint-Martin, et critique la réponse du maire à sa demande de poste de police municipale de proximité. "Entendre des responsables qui viennent des beaux quartiers expliquer aux habitants que c'était mieux avant, c'est profondément blessant", conclut-il.