Nice : « C’est un ouragan qui est passé », les commerçants de l’avenue Jean-Médecin en colère
Nice : les commerçants de l’avenue Jean-Médecin en colère

L’avenue Jean-Médecin à Nice porte les stigmates des violences urbaines du samedi 17 octobre 2026. Au lendemain des scènes de pillage et de destruction, les commerçants du secteur oscillent entre écœurement et détermination. Les vitrines brisées, les marchandises volées et les caisses électroniques pulvérisées témoignent de l’ampleur des dégâts.

Des commerçants sous le choc et en colère

Claude Ben Abdallah, gérant de la boutique Phone Case, spécialisée dans les accessoires de téléphonie, ne cache pas son amertume : « Le seul mot que je vais vous dire maintenant, je suis dégoûté, dégoûté, j’ai la haine. » Dans son magasin, les vitrines et la caisse électronique ont été pulvérisées. Un acharnement qu’il juge incompréhensible : « La chose la plus chère que j’ai [dans ma boutique], elle ne vaut même pas 35 euros. »

Son loyer s’élève à 5 000 euros par mois sur l’avenue Jean-Médecin. Sans réserve de stock, il lui faudra « facilement 10 jours » pour recommander de la marchandise et rouvrir, en attendant la visite de l’expert d’assurance prévue lundi. Contraint de travailler à côté comme « agent de sécurité pour payer ses charges », il passera avec sa femme « nuit et jour à veiller sur son commerce ».

« J’ai fait ce que j’avais à faire pour sauver mon magasin »

À quelques mètres de là, le constat est tout aussi amer. Dans une enseigne voisine, le gérant d’une boutique de sport, qui a voulu rester anonyme et ne pas citer le nom de la marque pour laquelle il travaille, témoigne : « C’est un ouragan qui est passé. » Pourtant fermé dès 14 heures samedi 17 octobre lors du départ du cortège, le commerçant constate : « Il ne reste plus rien à l’intérieur, juste mes yeux pour pleurer. »

Même désarroi chez le responsable du magasin de jeux vidéo, qui préfère également garder l’anonymat : « C’est complètement détruit. Il y a tout par terre, tout est cassé, tout a disparu. » Présent au quotidien dans sa boutique, il exprime un sentiment d’injustice : « J’y passe le plus clair de mon temps. Sur une journée, je dois faire 10 heures… J’ai un peu l’impression qu’on s’est torché avec mon boulot. Mais ça passera. On va tout reconstruire. »

Des interpositions face aux pilleurs et des questions sur l’action policière

Samedi soir, pendant l’émeute, le responsable du magasin de jeux vidéo s’est interposé face aux pilleurs. La séquence vidéo fait d’ailleurs le tour des réseaux sociaux. Il se tient seul devant les casseurs en l’absence des forces de l’ordre. Il se prend des coups. L’homme revient sur cet épisode d’une violence inouïe : « Tout s’est passé très vite. J’ai fait ce que j’avais à faire pour sauver mon magasin. Mais j’étais impuissant. Il fallait que je fasse le maximum. C’est tout mon travail qui partait en fumée. »

Sur l’action des forces de l’ordre, les avis sont très nuancés. Un commerçant s’interroge : « Mais où étaient-ils pendant que les casseurs pillaient nos magasins ? » Un autre commerçant souligne les difficultés de terrain : « La police était appelée un peu partout. Je ne sais pas si elle était présente au bon endroit au bon moment », mais « ils ont fait ce qu’ils ont pu avec les moyens qu’ils avaient ». De son côté, Claude Ben Abdallah, gérant de Phone Case, salue leur engagement malgré leur nombre restreint : « Ils étaient au top », précisant même qu’« un policier a été blessé à quelques pas de sa boutique lors des interventions ».

Des palissades en bois et des démarches d’assurance à venir

Au lendemain des émeutes dans le centre-ville de Nice, l’avenue Jean-Médecin s’est barricadée de palissades en bois posées à la hâte dans la nuit par les services de la Métropole. Les commerçants doivent désormais déblayer leur magasin et entamer les démarches auprès de leur assurance. La reconstruction s’annonce longue, mais la détermination reste intacte.