Décès de Justine Decourselle, l'infirmière de la Course contre l'oubli
Décès de Justine Decourselle, l'infirmière de la Course contre l'oubli

Justine Decourselle, la jeune infirmière héraultaise qui avait parcouru 1 500 kilomètres à pied entre Drancy et Auschwitz au printemps dernier dans le cadre de sa « Course contre l'oubli », est décédée à l'âge de 26 ans. L'annonce a provoqué une vive émotion, notamment à Pérols, où le maire Jean-Pierre Rico a exprimé son choc : « C'est un drame absolu ».

Un exploit sportif en mémoire du convoi 71

Au printemps dernier, Justine Decourselle s'était fait connaître par un périple exceptionnel : courir environ 50 kilomètres par jour, soit 1 500 kilomètres au total, sur les traces du convoi 71, parti de Drancy vers Auschwitz. Grande sportive, elle avait conçu ce défi pour dénoncer l'antisémitisme et le risque d'oubli du sort des déportés de la Seconde Guerre mondiale.

Rien ne la prédisposait pourtant à ce combat mémoriel. Originaire de Tourcoing, elle n'avait ni lien religieux ni histoire familiale avec la déportation. Dans une interview accordée avant son départ, elle expliquait : « Je voulais réaliser un défi sportif qui ait un sens et j'ai eu l'idée de cette course contre l'oubli à la fois parce que je suis infirmière en Ehpad et que les personnes âgées me parlent beaucoup de la seconde guerre mondiale, une période qui m'intéresse par ailleurs, et parce que je vois la montée de l'antisémitisme qui me préoccupe. »

Un périple marqué par les rencontres et la haine en ligne

Le convoi 71 était l'un des 79 convois de déportation vers les camps de la mort, mais il ne disposait pas d'association mémorielle, contrairement à d'autres. Ce convoi comptait notamment 34 des 44 enfants d'Izieu, ainsi que deux figures emblématiques rescapées : Simone Veil et Ginette Kolinka, que Justine avait rencontrées.

Partie le 13 avril de Drancy, elle a effectué une trentaine de haltes, rencontrant d'anciens déportés, des représentants du Souvenir français et des associations de mémoire. Des habitants et des élus ont parfois couru à ses côtés, tandis que son compagnon Jérémie assurait l'intendance et l'assistance dans un van aménagé. Arrivée à Auschwitz le 15 mai, elle avait déposé sur la route des petits galets porteurs de messages de paix, écrits par des enfants ou des familles. Elle documentait chacune de ses étapes sur les réseaux sociaux, affichant un moral d'acier malgré la fatigue.

La jeune femme, qui souffrait d'endométriose et était suivie médicalement, entendait poursuivre sa vie de sportive et son engagement pour la mémoire. Les 3 et 4 octobre derniers, elle exposait des photos de sa course à la cave de Pérols. Si elle a reçu de nombreux soutiens, elle a aussi été victime de haine en ligne.

La rédaction de Midi Libre adresse à Jérémie et aux proches de Justine ses condoléances attristées et gardera en mémoire son éclatant sourire et sa grande humanité.