Face à l'augmentation des risques d'incendie liée au changement climatique, Olivier Audibert-Troin, agent d'assurance à Draguignan et ancien député du Var, tire la sonnette d'alarme : « Le risque existe que les cotisations augmentent encore, ou que les assureurs refusent de couvrir certains territoires trop à risque ». Cette menace concerne directement l'assurabilité des biens dans le département, où la croissance forestière et l'urbanisation entrent en conflit.
Une carte des aléas jugée « perfectible »
Vice-président régional de l'AGEA, l'unique fédération nationale des syndicats des agents généraux d'assurances qui représente 70 % de la profession, Olivier Audibert-Troin siège au niveau national au sein du groupe de travail climat. Il espère une prise de conscience à grande échelle pour que le Var tranche plusieurs débats de fond.
Depuis plusieurs années, les assureurs réclament une carte officielle des aléas pour les risques de catastrophes naturelles. La Caisse Centrale de Réassurance (CCR), organisme public créé en 1946, en a publié une il y a quelques mois. « Elle a le mérite d'exister, mais elle est largement perfectible. Quand on la regarde, manifestement tout va bien dans le meilleur des mondes », déplore-t-il. Il appelle à une « vraie carte, sérieuse et fiable, à disposition de tous, des assureurs mais surtout des élus, pour l'élaboration de leurs documents d'urbanisme ».
Forêt ou urbanisation : un conflit d'usage à trancher
Le changement climatique impose selon lui un changement de paradigme. « Il y a un véritable débat de société à avoir, à trancher collectivement, en répondant à une seule question : Faut-il faire reculer la forêt, ou faire reculer l'urbanisation ? » Depuis plusieurs décennies, dans le Var, les deux gagnent du terrain, provoquant des conflits d'usage.
La question de la réexploitation de la forêt ou de l'installation d'activités agricoles reste ouverte, mais la réponse n'est pas évidente. La protection de l'environnement, de la biodiversité et le besoin de construire massivement des logements compliquent l'équation. À cela s'ajoute un problème majeur : l'accès à l'eau. « On se dirige vers de plus en plus de canicules, et donc de manque d'eau. Organiser la défendabilité des maisons, d'accord, mais comment on fait s'il n'y a plus d'eau ? »
La prévention, parent pauvre de la politique locale
Olivier Audibert-Troin s'étonne du manque de prévention : « Je suis dans l'incompréhension la plus totale qu'il n'y ait pas davantage de prévention qui soit faite. » La sensibilisation de la population et l'entraînement des forces de secours via de grands exercices grandeur nature sont « nettement insuffisants ». Il dénonce une situation où l'on autorise les gens à construire près des massifs forestiers, sans les former au risque d'incendie.
Il rappelle l'incendie du Tanneron, dans lequel la famille de Martin Gray a péri, et les campagnes de prévention qui avaient suivi. « Souvent, quelques années après le passage du feu, on oublie un peu et ces efforts se tassent. Il faut absolument que la population acquière la culture du risque, celle du feu, mais aussi de l'inondation, des tempêtes, etc. »
Des provisions revues à la hausse, des menaces sur les cotisations
Interrogé sur la capacité des assureurs à faire face, il pose une question cruciale : « Jusqu'à quand les assureurs vont-ils pouvoir tenir ? » L'ACPR, l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution intégrée à la Banque de France, a récemment demandé aux assureurs de revoir nettement à la hausse leurs provisions pour faire face aux « méga sinistres » qui coûtent de plus en plus cher.
Deux menaces pèsent : soit les cotisations continuent d'augmenter, avec le risque que certains n'aient plus les moyens de s'assurer, soit les assureurs refusent de couvrir certains villages ou quartiers trop exposés. Cette situation pourrait rendre certains territoires du Var « inassurables », un scénario que redoute l'ancien élu.



