Les élus du Conseil national de Monaco ont vivement critiqué, jeudi 10 septembre 2026, le manque d'ambition et d'efficacité du gouvernement princier, énumérant les retards et les atermoiements sur des dossiers majeurs tels que le logement, le centre commercial de Fontvieille ou encore le respect de la priorité nationale. Ils ont clairement laissé entendre que leur vote sur le budget rectificatif 2026 et le budget primitif 2027 n'était pas acquis, un spectre qui plane chaque année à l'approche de l'automne.
« Notre volonté est toujours de voter un budget. Ne pas le voter comme on l'a fait en 2024, ce n'est pas une décision que l'on prend de gaieté de cœur. C'est le reflet d'un manque d'ambition, d'efficacité du gouvernement », a rappelé Thomas Brezzo, le président du Conseil national, lors d'une conférence de presse de rentrée. Il a insisté sur la nature « existentielle » du budget, qui touche des sujets impactant directement la vie des Monégasques et qui n'avancent pas.
Le président a également prévenu que ce budget serait « le premier budget de Christophe Mirmand après une année d'exercice », estimant que le Ministre d'État, arrivé en juillet 2025, n'aurait « plus d'excuses » et serait « entièrement responsable » des décisions à prendre.
Logement : un manque d'anticipation dénoncé
Sur le logement, les élus ont pointé un manque criant de constructions neuves. « Sur le logement, le gouvernement manque d'anticipation », a déploré Maryse Battaglia, rappelant que dès 2023, l'hémicycle avait signalé des années avec des insuffisances de logements. « On ne peut pas se contenter de cette situation-là », a-t-elle ajouté.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2027, aucun appartement neuf ne sera livré, la prochaine opération étant la première tour du Bel Air, dont la mise en service est prévue en janvier 2028. « Sur ce point, le gouvernement nous montre ses faiblesses, toutes les opérations ont des retards conséquents », a tancé Thomas Brezzo.
Le refus du gouvernement de réévaluer l'opération Larvotto Supérieur pour construire plus haut et plus grand est également jugé incompréhensible. « On ne comprend pas ce refus, peut-être que cela aurait empiété sur la vue de quelqu'un derrière », a glissé le président, allant jusqu'à dire que cela signait la fin du Plan national pour le logement. « On se retrouve avec une moyenne de 50 appartements neufs par an, là où on avait estimé qu'il en faudrait le double. C'est une faute politique du gouvernement et il faudrait lancer une opération dès la fin de cette année », a-t-il affirmé.
Fontvieille et priorité nationale : des signaux d'alarme
Les élus ont également lancé un signal d'alarme sur le non-respect de la priorité nationale, un droit constitutionnel. Selon eux, dans la Fonction publique, le nombre de Monégasques est passé de 1 032 en 2019 à 993 en 2024, alors que les effectifs totaux sont passés de 3 628 à 3 939. « La cause, on peut la trouver dans le non-respect de la priorité nationale, car des personnes qui remplissaient les conditions n'ont pas eu le poste. Ce n'est pas concevable », a dénoncé Thomas Brezzo.
Le dossier du centre commercial de Fontvieille a été qualifié de « plus possible » par les élus. Corinne Bertani, qui suit le sujet de près, a estimé qu'il fallait avancer : « Ce n'est plus possible pour les commerçants, pour les consommateurs. Il faut que le gouvernement comprenne qu'il faut avancer pour la vie monégasque. » Les élus attendent désormais un projet « le plus ambitieux possible » pour la refonte du centre commercial, qu'ils considèrent comme un investissement public rentable. « On parle d'une usine à près d'un milliard, ce n'est pas là où on va gagner de l'argent. Par contre, ce centre commercial avec de la TVA générée, des loyers encaissés, sera avantageux », a projeté Thomas Brezzo.
Vidéoprotection et union civile : les textes attendus
Sur le plan législatif, quatre séances rythmeront la fin d'année. Concernant le projet de loi sur la vidéoprotection, Christine Pasquier-Ciulla a indiqué que le texte « n'est pas satisfaisant sur les questions de libertés individuelles » et que les élus allaient « profondément l'amender », avec l'aide d'experts. Thomas Brezzo a ajouté que, compte tenu des événements du début de l'été, la volonté du Conseil national est de permettre aux forces de l'ordre de bénéficier d'outils performants pour identifier les auteurs de crime, et qu'« on a perdu beaucoup de temps sur ce texte ».
Enfin, sur la légalisation de l'union civile des couples de même sexe, annoncée cet été, Christine Pasquier-Ciulla a souligné que les élus « attendent avec impatience le texte », espérant qu'il soit déposé à la fin de l'année comme cela leur a été laissé entendre. La promesse devra être tenue pour apaiser les tensions entre le Conseil national et le gouvernement princier.



