À Cap-d'Ail, près de Monaco, les parents de Camille, 11 ans, ont décidé de briser le silence après une année scolaire marquée par le harcèlement scolaire subi par leur fille à l'école André-Malraux. Ils dénoncent l'absence de considération de l'Éducation nationale et les dysfonctionnements dans la prise en charge, malgré le déclenchement du dispositif « pHARE ».
Selon l'Unicef, près de 700 000 élèves sont victimes de harcèlement scolaire chaque année en France. L'association « E-enfance / 3018 » indique qu'en 2025, 35 % des jeunes ont été touchés dès l'école primaire, soit 11 points de plus qu'en 2024. Une réalité que Vincent, Julie et leur fille Camille ont vécue douloureusement.
Une année de calvaire pour Camille
Tout a commencé lors du dixième anniversaire de Camille, avant la rentrée des classes. Ce qui devait être une journée de fête a posé les jalons du calvaire. « Nous avions réservé un bel endroit et nous avions invité quasiment toute la classe de ma fille avec les parents. À un moment, c'est parti en catastrophe entre ma fille et celle qui deviendra sa future harceleuse. Avec des insultes proférées contre ma fille. La mère de la harceleuse prend la défense de sa fille et nous menace », raconte la mère de famille.
La querelle ne reste pas ponctuelle. Dès les premiers jours d'école, la harceleuse, surnommée Justine, avec la bénédiction de sa mère, isole Camille. « Camille m'a rapporté les propos de Justine qui lui aurait dit : "Je vais faire en sorte que tu n'aies pas d'amies" », indique Julie. Entre menaces, brimades, insultes, mises à l'écart et « diffamations », Camille se replie sur elle-même.
Un dispositif pHARE jugé inefficace
La maîtresse convoque les parents, constatant qu'il y a un problème. Les parents décident alors de ne plus mettre Camille à la cantine le midi pour être avec elle, réorganisant leur emploi du temps. Après les vacances de la Toussaint, le harcèlement se poursuit. « Camille exprime beaucoup d'anxiété qui se manifeste par des crises de colère. Je demande un rendez-vous avec la harceleuse et sa mère. Infructueux », dit-elle.
En décembre, après un nouvel incident, les parents demandent le déclenchement de la cellule « pHARE », le dispositif de lutte contre le harcèlement scolaire mis en place par l'Éducation nationale. « La directrice de l'école constatait elle aussi qu'il y avait un problème. Ma fille était souvent recroquevillée dans un coin de la cour à pleurer seule. Elle nous demande d'écrire un mail pour déclencher ce dispositif. Ce que l'on fait. L'établissement met en place ce qu'on appelle la "méthodologie de préoccupation partagée". Il m'indique que cela dure trois semaines et qu'il prenait la mesure du problème. Puis après ce délai, la directrice nous dit que tout est rentré dans l'ordre. On était surpris… on voyait bien que ça n'allait pas bien », développe Julie.
En parallèle, Camille, qui fait son entrée au collège, est suivie par un psychologue et une dizaine de jours d'ITT lui sont délivrés. Des antidépresseurs lui sont prescrits. « Elle exprime des pensées suicidaires », remarque sa mère, elle aussi affectée psychologiquement, tout comme son mari.
Des manquements et une plainte déposée
En mars, la famille sollicite un nouveau rendez-vous. « La directrice et l'enseignante reconnaissent une erreur et relancent pHARE avec l'inspection de l'Éducation nationale. En remettant en place la méthodologie de préoccupation partagée. Nous n'y croyons pas franchement mais nous sommes obligés de suivre les règles. Elles nous proposent de mettre Camille dans une pièce sécurisée pour jouer, seule, le temps de la récréation. Nous avons bien entendu refusé », relate-t-elle.
Selon les parents, c'est un échec. « Pour nous, il y a eu des manquements dans le dispositif. L'établissement a enfreint tous les protocoles. On a appris que les parents de l'élève mise en cause étaient reçus juste après nous. Nous avons compris qu'il n'y aurait jamais de sanction. À aucun moment on a pensé au bien-être de ma fille », regrette-t-elle. Face à cette situation, la famille a déposé plainte contre l'inspecteur de l'Éducation nationale, la directrice de l'école, l'enseignante, la mise en cause et sa mère, accusée de violences physiques répétées.
L'Éducation nationale a répondu : « Dès le signalement de la situation, le personnel de l'école ainsi que les services départementaux de l'Éducation nationale ont engagé le protocole pHARe et mis en œuvre plusieurs mesures de protection : méthode de préoccupation partagée, éloignement des élèves concernées, désignation d'un adulte référent sur les temps scolaire et périscolaire, mise en place d'un espace de soutien et proposition d'un accompagnement psychologique. Un suivi régulier a ensuite été assuré avec la famille, avec plusieurs échanges et rendez-vous. Les aménagements ont été maintenus puis adaptés : intervention sur place de l'équipe de circonscription, entretiens individuels avec les élèves, réorganisation des espaces de récréation afin d'éviter tout contact entre les deux élèves sans en stigmatiser aucune, et rappel des règles de vivre-ensemble. Face aux inquiétudes persistantes de la famille, celle-ci a été reçue au rectorat afin d'examiner ses demandes et les mesures complémentaires envisageables. »



