La séparation est consommée. Dans le Var, les copropriétaires de Port Grimaud ont lancé une procédure de scission pour se séparer de la commune de Grimaud. Divisé en trois copropriétés privées (PG1, PG2, PG3) avec quelque 2.400 logements répartis sur 95 hectares, des commerces, une église, des canaux et 2.000 places de bateaux, le quartier a une situation unique en France, près de Saint-Tropez. Mais la cité lacustre, construite selon le concept « une maison, un quai, un bateau » imaginé en 1966 par l’architecte François Spoerry, veut désormais voler de ses propres ailes.
L’origine du divorce : la gestion du port et des anneaux
L’origine du divorce ? L’anneau qui relie chaque maison à son bateau. Et surtout un plan d’eau et un port, gérés directement par des associations de copropriétaires, qui en tiraient des revenus substantiels. Mais, en 2022, anticipant la fin de cinquante ans de concessions privées, la commune de Grimaud reprend en régie municipale la gestion des activités portuaires, invoquant un déficit « chronique » et la nécessité d’investissements pour lutter contre l’ensablement et le risque de montée des eaux. Elle résilie également les concessions des anneaux à quai, proposant à chaque copropriétaire une garantie d’usage sur 35 ans.
« C’est la Russie contre l’Ukraine », ose Philippe de Saint-Rapt, président de l’association syndicale de PG1. Un acte de guerre qui déclenche une cohorte de recours. Fin juillet, 201 copropriétaires, soit le tiers requis du corps électoral de Port Grimaud, déposent en préfecture une pétition réclamant la scission. « La commune veut s’approprier le bien d’autrui à vil prix, spolier une partie de sa population en s’emparant des droits des propriétaires et en leur faisant payer des travaux pharaoniques dont ils ne veulent pas ! », s’insurge-t-il. Lui est résident secondaire, comme l’immense majorité des 2.500 copropriétaires de Port Grimaud, dont 30 % d’étrangers.
Un site visité par 1,4 million de personnes par an
Le long des quais privés de cette marina résidentielle labellisée « architecture contemporaine remarquable », de luxueux yachts côtoient de fins voiliers aux bois vernis, mais aussi quelques « pêche-promenades » plus modestes. « On n’est pas un repaire de riches », assure Marc Dorgnon, 70 ans, porte-parole de Port Grimaud 2028 qui milite pour la création d’une commune autonome. Le site est visité par 1,4 million de visiteurs par an.
Dans sa mairie, au cœur du village médiéval, le maire Alain Benedetto (divers droite), réélu pour un cinquième mandat, paraît lassé en évoquant les centaines de procédures en cours. « Avec 300.000 euros par an de frais d’avocats, ça commence à faire cher en argent public toutes ces plaisanteries ! » Le dernier jugement, prononcé fin août par le tribunal de Draguignan, a rejeté la demande de copropriétaires d’un « droit de jouissance réel, privatif, exclusif et perpétuel » sur les 10 mètres d’eau devant leur habitation, rappelant le caractère « imprescriptible et inaliénable » du domaine public maritime.
La mairie dénonce une « idée farfelue » d’une « minorité »
L’édile dénonce un « procès d’intention, la mairie ne veut ni les exproprier, ni récupérer leurs quais ! ». Et qualifie la scission d'« idée farfelue » d'« une minorité ». « Je n’ai pas l’impression que cela puisse se faire : il faut du territoire pour faire une commune, souligne-t-il. Franchement, c’est un peu du Pagnol, notre histoire ! »
Moins diplomate, Richard Grossi, 76 ans, propriétaire à PG2 et PG3, en a « marre de ces conneries ». « Ils disent n’importe quoi pour mettre la zizanie ! Mais leur zizanie a un prix : je paie les avocats de PG2, ceux de PG3, et aussi ceux de la Mairie ! Nous, on est Grimaudois, on veut rester Grimaudois. C’est aussi simple que ça ! » « On pourrait en rire mais moi, ça m’énerve ! », s’enflamme Louise David, 75 ans, dont les parents avaient acheté une maison dès les années 1960. « Ils disent qu’ils veulent créer une commune, mais ils ferment tout, il y a des barrières et des interdictions partout ! » Sa pétition « Pour que Port Grimaud reste à Grimaud » lancée fin août, a recueilli plus de 420 signatures.
La préfecture instruit la demande
Sollicitée par l’AFP, la préfecture indique que la demande de scission « est en cours d’instruction », mais qu'« en tout état de cause, elle devra pour être recevable, être confirmée à l’expiration d’un délai d’un an ». Ensuite, seulement, le préfet décidera l’ouverture d’une enquête publique.



