La directrice générale de la régie publique des transports Ligne d'Azur (RLA), suspendue depuis le 1er juillet 2026, est désormais visée par deux nouvelles plaintes, pour « piratage de boîte mail » et « utilisation d'un véhicule de transport pour handicapés ». Un rapport de licenciement daté du 18 août 2026, signé par le président de RLA Bertrand Gasiglia, propose sa révocation pour « insuffisance professionnelle ». Elle sera entendue lors d'un conseil d'administration extraordinaire prévu mardi 22 septembre à Nice.
Une crise historique à la régie des transports niçois
Cet épisode s'ajoute aux révélations de Nice-Matin sur la gestion de la régie, qui emploie 1 800 salariés et dispose d'un budget de 250 millions d'euros. L'entreprise traverse une crise marquée par des soupçons de dérives financières et de « cogestion » syndicale. Plusieurs plaintes pénales visent la régie, notamment pour des soupçons d'emplois fictifs, 5 000 heures de délégations syndicales injustifiées en 2025 et une provision de plus de 10 millions d'euros pour le report de congés.
Nommée en janvier 2025, la directrice générale avait lancé six audits internes avant d'être suspendue par Bertrand Gasiglia. Des cadres de l'entreprise dénoncent une « chasse aux sorcières » contre les « lanceurs d'alerte », dont la directrice générale.
Le réquisitoire du président de la régie
Bertrand Gasiglia, président de RLA depuis mai, justifie cette procédure : « Ces faits, pris dans leur ensemble, démontrent que la directrice générale n'est pas en mesure d'assurer, dans des conditions satisfaisantes, l'exercice des responsabilités attachées à sa fonction. » Il lui reproche notamment « un management brutal », « des frais personnels » et « des frais de restauration ».
La directrice générale suspendue contre-attaque en dénonçant « un dossier disciplinaire construit de toutes pièces pour détourner l'attention alors que les plaintes portent sur des rémunérations contestées à plusieurs millions d'euros sur des dizaines d'années et sur du détournement d'argent public ». Elle regrette également « le silence de la Métropole Nice Côte d'Azur, responsable du contrôle de la régie et restée muette face à ces alertes de dysfonctionnements ».
Les deux nouvelles plaintes examinées
La première plainte, déposée le 1er juin 2026, émane d'une chargée de gestion RH. Elle a saisi le procureur de la République pour « harcèlement moral » et « atteinte à la vie privée » concernant la consultation de sa boîte mail professionnelle pendant son arrêt maladie, évoquant un piratage informatique. Son avocate soutient que « ces faits sont constitutifs d'un délit d'autant plus grave qu'il s'envisage dans le contexte de souffrance au travail déjà signalé par les élus du personnel ».
La directrice générale justifie son action par la nécessité de « gérer les urgences RH en l'absence de DRH » et estime que ses accusatrices sont « instrumentalisées » : « Je crois que ces salariées sont instrumentalisées dans cette histoire. »
Un article 40, déposé le 7 septembre 2026, concerne l'utilisation d'un véhicule Citroën Jumpy destiné au transport de personnes à mobilité réduite du service Mobil'Azur. Le directeur général par intérim affirme dans son attestation : « En septembre 2025, la directrice générale avait exigé que je fasse retirer un véhicule du service Mobil'Azur afin qu'il soit donné à quelqu'un. […] À sa demande, l'attribution du véhicule devait rester secrète. »
La directrice suspendue réplique que son adjoint « a proposé de lui-même ce véhicule inexploité pour dépanner une cadre de l'entreprise, dont le fils handicapé avait besoin d'une rampe ». Elle précise que ce véhicule, non révisé, « est tombé en panne de liquide de refroidissement le 24 décembre 2025 sur une route enneigée, mettant la famille en danger ». Elle ajoute : « La plainte contre l'utilisation illégale d'un véhicule est une nouvelle mesure de représailles caractéristique de celles qui sont vécues par les lanceurs d'alerte. »
Le conseil d'administration extraordinaire du 22 septembre devra statuer sur le sort de la directrice générale, tandis que la régie reste confrontée à des accusations de gestion contestée.



