Un aide-soignant de 55 ans, exerçant dans un établissement spécialisé de Montpellier, a été mis en examen pour « agressions sexuelles sur personnes vulnérables, commises par personne ayant autorité » et placé sous mandat de dépôt le 22 juillet. Il est soupçonné d’avoir commis des gestes déplacés sur au moins cinq adultes autistes, dont une jeune femme de 18 ans. L’enquête, ouverte en juin après des signalements de ses collègues, se poursuit dans d’autres établissements du sud de la France où il a travaillé.
Des signalements par les collègues
Selon des sources concordantes, le comportement de cet aide-soignant a attiré l’attention de ses collègues, notamment lors des soins et des toilettes effectués sur des jeunes femmes non verbales souffrant de troubles du spectre de l’autisme. L’absence de gants, alors que leur port est de rigueur, ainsi que des comportements suspects ont éveillé les soupçons. « Il avait l’habitude d’embaucher très tôt pour être seul au moment de donner les douches, et il le faisait dans une salle à part qui n’était pas celle habituelle », a rapporté l’un de ses collègues.
Les signalements ont été transmis à la direction de l’établissement, puis au parquet, déclenchant l’enquête judiciaire en juin. Le suspect, recruté en début d’année, a quitté la structure début juin, avant son incarcération.
Le témoignage d’une mère
Albertine, la mère d’une jeune femme de 18 ans hébergée dans cet établissement, a été informée au cours de l’été que sa fille avait probablement été victime d’agressions sexuelles répétées. « C’est tellement violent et injuste pour ma fille, et pour moi. Quand on est parent d’un enfant autiste, ce sont les situations que l’on redoute le plus, où l’on voit tous les deuils, tous les sacrifices qu’on a pu faire depuis des années qui se matérialisent soudain de cette façon abominable », a-t-elle confié.
Convoquée le 9 juin par le directeur de l’établissement, elle évoque un problème de comportement d’un salarié, sans mention d’agression sexuelle. « J’ai le sentiment que la situation m’a été minimisée, à aucun moment on ne m’a parlé d’agression sexuelle », regrette-t-elle. Elle a ensuite consulté un avocat, déposé plainte et été entendue au commissariat de Montpellier. Fin août, elle a reçu un courrier l’informant que sa fille avait été victime d’une agression sexuelle et qu’elle pouvait se constituer partie civile.
Les difficultés de l’enquête
Selon nos informations, le suspect est mis en examen pour des faits commis sur au moins cinq victimes, toutes autistes et adultes. L’enquête se poursuit dans d’autres établissements du sud de la France où il a occupé plusieurs emplois au cours des derniers mois. « L’une des difficultés de cette affaire est que les éventuelles victimes ne pourront jamais être interrogées, et qu’il va falloir déterminer la limite entre ce qui relève du geste du soin et de l’agression sexuelle », souligne une source judiciaire.
Albertine, qui cherche désespérément à savoir ce qui est arrivé à sa fille, se sent démunie. « Je ne sais pas comment aborder le sujet avec ma fille, car je ne sais pas ce qui lui est arrivé. Je lui ai juste dit "le monsieur, il est parti et il ne t’embêtera plus". Même si elle ne parle pas, elle a la capacité de comprendre. Mais c’est difficile, les apprentissages, avec les personnes autistes. C’est complètement cyclique, ça nécessite énormément d’efforts, et une perte de confiance avec les personnes soignantes, cela peut avoir de graves conséquences », explique-t-elle. Elle ajoute : « Il y a une grande violence sous-jacente dans tout ça et même si c’est difficile, on est obligé de continuer à faire confiance dans l’établissement, parce qu’il n’y a pas beaucoup de structures. »
Le suspect, formé au métier d’aide-soignant qu’il avait longtemps exercé, s’était reconverti dans la sécurité après un burn-out, avant de reprendre récemment son activité dans des établissements de soin. L’enquête se poursuit pour déterminer l’étendue des faits et d’éventuelles autres victimes.



