L'épave romaine d'Antibes, découverte en 2012 lors du chantier du parking du Pré-des-Pêcheurs, ne sera pas rapatriée au port Vauban. La Ville d'Antibes l'a confirmé : les contraintes scientifiques et financières rendent ce retour impossible. Le navire, long de 20 à 25 mètres, reste conservé dans les réserves de l'État à Aix-les-Milles.
Un sauvetage in extremis en 2012
En juin 2012, le chantier du parking du Pré-des-Pêcheurs a mis au jour les flancs d'une embarcation marchande du IIe siècle. Longue de 20 à 25 mètres, elle était enfouie sous 1,60 mètre de sable et d'eau. Cette découverte a été saluée comme un « miracle » par les archéologues, d'autant que dans les années 1970, la construction du port de plaisance avait détruit 90 % du port antique sous les pelleteuses.
L'extraction de la coque bimillénaire a été menée par les équipes de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives). Pour éviter la dessiccation (déshydratation) du bois gorgé d'eau, les archéologues ont travaillé sous un arrosage permanent, démontant chaque membrure pièce par pièce. Ce « chantier de dentelle » a été réalisé avec une minutie chirurgicale.
Un traitement complexe à Grenoble puis Aix-les-Milles
Après l'extraction, le navire a été transféré au laboratoire ARC-Nucléart à Grenoble pour un « bain de jouvence » scientifique. Le protocole comprenait une immersion prolongée dans des bains de polyéthylène glycol pour remplacer l'eau par de la résine, puis une lyophilisation (séchage par le froid et sous vide) pour extraire l'humidité sans rétracter le bois.
Cependant, un « mal mystérieux » a été identifié : l'oxydation des anciens clous métalliques prisonniers du bois a provoqué une acidification organique. Cette réaction chimique imprévue a transformé la structure en une « éponge corrosive », rendant le bois instable. Les scientifiques ont dû prolonger les traitements pour neutraliser cette sécrétion acide.
La décision de la Ville : un exil nécessaire
Face à cette fragilité, la Ville d'Antibes a décidé de ne pas rapatrier l'épave. Jean Leonetti l'a confirmé : exposer ce « malade » exigerait un écrin aux conditions d'hygrométrie et de température d'une précision absolue, avec des coûts d'investissement et de fonctionnement « particulièrement importants ». La mairie répond à l'internaute qui engageait sa responsabilité : « Il est inexact de laisser entendre que la Ville aurait refusé d'exposer cette épave. »
Le navire dort désormais en sécurité dans les réserves de l'État à Aix-les-Milles, où l'humidité saline de la côte ne peut pas aggraver l'acidification. Cet exil forcé est présenté comme un « havre de paix indispensable » pour préserver le bois.
Les trésors restent à Antibes
Si la coque reste loin des yeux, les objets extraits de la vase ont retrouvé la ville. Des fresques murales dans les sous-sols du parking retracent l'épopée de la fouille. La pièce maîtresse, exposée au Musée archéologique du bastion Saint-André, est une boîte à miroir romaine, travaillée dans l'os et l'ivoire, d'une grande rareté. Ce bijou de luxe n'a jamais quitté Antibes.
Ainsi, malgré l'absence du navire, la mémoire de l'épave reste vivante à travers ces témoignages, et la Ville maintient que la décision repose sur une responsabilité scientifique, non sur un manque d'intérêt.



