La cour d'assises des Alpes-Maritimes a condamné Mohamed Aref Bouzaien à 20 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Mustafa Nadjaa, poignardé dans la nuit du 30 au 31 mai 2023 à Nice. Josip Herceg, son employeur, a été condamné à 3 ans de prison avec mandat de dépôt pour recel de cadavre et modification d'une scène de crime. Les deux hommes ont également écopé d'une interdiction définitive du territoire français.
La découverte macabre à La Gaude
Le 23 juin 2023, des ouvriers d'une entreprise de débroussaillage travaillant près du chemin de la Serpentine à La Gaude ont découvert un imposant paquet dans un vallon. Pensant avoir trouvé un trésor, l'un d'eux a fait une entaille dans le paquet, laissant échapper une odeur pestilentielle. À l'intérieur se trouvait le corps de Mustafa Nadjaa, 49 ans. Les constatations médico-légales ont révélé de nombreuses blessures par arme blanche, avec dix coups de couteau évoqués par le médecin légiste, notamment au niveau du dos et du cou.
L'enquête a établi que la victime avait été tuée dans la nuit du 30 au 31 mai 2023 dans un appartement du centre-ville de Nice, au 18 rue Lamartine, où elle vivait en colocation avec Mohamed Aref Bouzaien.
Le procès et les explications de l'accusé
Le procès s'est ouvert le lundi 31 août 2026. Mohamed Aref Bouzaien, un Tunisien de 34 ans arrivé en France en 2020, a reconnu avoir tué son colocataire. « Je regrette ce qu'il s'est passé, je ne voulais pas que ça se passe comme ça », a-t-il répété. Il a évoqué des comportements provocateurs de la victime, des visites tardives, des « allusions » et des « propositions à caractère sexuel », ainsi que des demandes incessantes d'argent et de cigarettes. Selon lui, la victime se serait présentée à sa porte avec un couteau, et la situation aurait dégénéré. « Le diable était là », a-t-il déclaré.
Le ministère public a estimé que les intentions de l'accusé étaient « mortifères ». En défense, Me Zakaria Gueriouabi a plaidé pour une lecture plus nuancée : « Nous avons fait l'autopsie d'une relation qui a mené à l'excès, à la mort ». Il a décrit un « coup de colère monstrueux » et a souligné la précarité des deux hommes qui vivaient dans un appartement en travaux divisé en quatre studios.
Le rôle de Josip Herceg et la dissimulation du corps
Selon l'accusé, Josip Herceg, son employeur d'origine croate pour lequel il travaillait sans être déclaré et souvent sans être payé, lui aurait conseillé de cacher le cadavre et l'aurait aidé à le transporter jusqu'au chemin de la Serpentine, à quelques mètres d'un chantier. Dans le box, Mohamed Aref Bouzaien a réitéré : « Mon plus grand souhait est qu'il parle, qu'il dise la vérité ». L'entrepreneur, comparaissant libre, a nié toute implication malgré des éléments comme la téléphonie, les matériaux utilisés pour emballer le corps et les trajets effectués le 31 mai entre Nice et La Gaude.
Les parties civiles ont décrit une relation d'« emprise » entre les deux hommes. Me Eric Scalabrin, avocat du fils de la victime, a évoqué cette emprise, tandis que Me Marie Seguin, pour la fille, a parlé d'« esclavage moderne ». L'avocat général Eric Camous, procureur de la République de Grasse, a évoqué « l'exploitation de la misère humaine ». Les deux magistrats ont relevé le passé de soldat de Josip Herceg, 64 ans, pendant les conflits en ex-Yougoslavie dans les années 90.
Eric Camous avait requis une peine d'au moins 20 ans pour Mohamed Aref Bouzaien et d'au moins 4 ans pour Josip Herceg, assortie d'une interdiction définitive du territoire français pour les deux. La cour, présidée par Ludovic Leclerc, a condamné Mohamed Aref Bouzaien à 20 ans de réclusion criminelle et Josip Herceg à 3 ans avec mandat de dépôt, chacun recevant la peine complémentaire requise.



