Le ministère de la Mer et de la Pêche a décidé d'attribuer 66 % du surplus de quotas de thon rouge, appelé flexibilité interannuelle (FIA), à la façade atlantique, contre 33 % pour la Méditerranée, inversant la répartition précédente qui favorisait largement cette dernière (89 % contre 10 %). Cette décision, qui concerne 234 tonnes de « l'or rouge » destinées aux petits métiers de pêche, suscite la colère des organisations professionnelles méditerranéennes, qui y voient une pénalisation injuste.
Une répartition contestée du surplus de quotas
Le reliquat des quotas annuels de 2025, exclusivement réservé aux petits métiers (pêcheurs aux bateaux et aux captures modestes), est au cœur du litige. Le ministère justifie ce choix par la nécessité de « garantir un accès juste à la ressource, à un moment où la mutation des océans et des espèces liées au changement climatique nous pousse à revoir nos modalités de gestion », selon l'entourage de Catherine Chabaud, ministre de la pêche. L'État souligne également que le quota global français a été augmenté de 17 % pour 2026, bénéficiant aux petits métiers, et que « ce FIA, c'est un bonus annuel, cette répartition alternative ne lèse aucune flottille puisqu'elles ne perdent pas de quota par rapport aux années antérieures ».
Mais les professionnels méditerranéens ne partagent pas cette analyse. « La ministre veut mettre à mal la Méditerranée et pénalise nos petits métiers », répond Bernard Perez, président du comité régional des pêches Occitanie. Bertrand Wendling, directeur de l'association de producteurs SaThoAn, annonce des recours à venir : « Nous sommes opposés à cette disposition qui va à l'encontre de la décision du bureau national ». La crainte principale est que cette clé de répartition modifiée soit ensuite appliquée aux 7 000 tonnes du quota national, ce qui aggraverait encore la situation.
Refus de 15 nouvelles licences : incompréhension des pêcheurs
Outre la répartition du FIA, le ministère a refusé d'attribuer 15 nouvelles licences d'autorisation de pêche au thon rouge, pourtant votées en commission nationale, aux petits métiers de Méditerranée. L'État invoque la préservation de l'espèce et la nécessité de maintenir l'équilibre entre ressources et nombre de pêcheurs. Une position qui laisse perplexes les professionnels, alors que le stock de thon rouge est considéré comme reconstitué.
« Nous travaillons avec les scientifiques depuis dix ans, le thon est présent en plus grand nombre, le stock est reconstitué », rappelle Bertrand Wendling, interloqué. « On parle de 48 000 tonnes pêchées dans le monde ! Là, ce n'est pas une dizaine de tonnes pour 15 pêcheurs qui va remettre en cause les stocks, c'est peanuts ! »
Des petits métiers en difficulté économique
Pour les quelques dizaines de professionnels éligibles en Corse, Paca et Occitanie, ce refus est vécu comme une douche froide, d'autant que les nouvelles licences « thon rouge » sont rarissimes. Baptiste Canville, petit métier à Palavas (Hérault), témoigne : « Moi, ça fait des années que je demande la licence et du thon rouge, il y en a à foison en Méditerranée. Pouvoir pêcher 800 kg à une tonne par an, c'est une miette, mais ça me permettrait de retrouver de la polyvalence, avec le reste, daurades, mulets, loups… On ne demande pas de ne pêcher que le thon. »
Ces professionnels, qui alimentent les criées d'Occitanie, sont en grande difficulté financière en raison des coûts du travail et de la raréfaction de certaines espèces. Un mouvement de grogne est annoncé pour la semaine prochaine, comme le déplore Bernard Perez : « le plan européen WestMed qui limite les jours de pêche des chalutiers, le prix du carburant qui flambe, le maillage… On n'est plus rentable ». Le syndicat des marins pêcheurs CFTC et la FFSPM (fédération des syndicats maritimes) rappellent qu'il ne s'agit pas d'une opposition entre façades, mais que « modifier les règles de répartition sans respecter les équilibres construits avec la profession crée un précédent qui dépasse largement la seule question du thon rouge ».



