Huit pontes de tortues caouannes (Caretta caretta) ont été confirmées sur le littoral méditerranéen français durant l'été 2026, avec une éclosion spectaculaire d'environ 80 tortillons au Barcarès (Pyrénées-Orientales) fin août. Ce chiffre, inférieur aux 14 pontes recensées en 2025 et 2024, confirme toutefois l'ancrage de l'espèce sur les côtes françaises depuis quatre ans, selon les données du réseau tortue marine de Méditerranée française.
Une émergence exceptionnelle au Barcarès
La bonne nouvelle est arrivée fin août sur une plage du Barcarès, après 59 jours d'incubation. « Une très belle émergence d'environ 80 tortillons, c'est-à-dire qu'ils sortent en même temps », se réjouit Sidonie Catteau, coordinatrice du réseau tortue marine de Méditerranée française. Ces naissances étaient attendues depuis le 24 juin, quand des traces de ponte ont été identifiées sur le sable, aussitôt sanctuarisées et protégées pour favoriser la meilleure des éclosions.
« Le spectacle a été aussi spectaculaire que peu fréquent sur les côtes françaises, où les émergences de tortues marines ont tendance à s'étaler sur plusieurs nuits », se félicitent l'Office français de biodiversité, le parc naturel marin du golfe du Lion et l'observatoire des tortues marines.
Huit pontes réparties sur la côte méditerranéenne
Cet été, le littoral méditerranéen français a, une nouvelle fois, comme depuis 2023, été le théâtre de pontes de tortues. « C'est moins que l'an dernier, avec huit avérées en juillet plus quatre montées de tortue avec des nids non identifiés au Grau-du-Roi et Leucate par exemple », détaille Sidonie Catteau. Les pontes confirmées se répartissent ainsi : deux en Corse, deux à Saint-Raphaël (Var), une à Toulon, une à Port Saint-Louis du Rhône, une à Port-Barcarès et une dernière à Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales).
À Canet-en-Roussillon, où la ponte date du 22 juillet, les naissances potentielles sont imminentes mais pas certaines. « Il y a eu une submersion, est-ce que le nid a été inondé ?, s'interroge la spécialiste. En tout cas, le chemin de retour à la mer a été mis en place, c'est-à-dire que s'il y a émergence, on s'assure que les tortillons regagnent la mer. »
Une survie précaire face aux prédateurs
Après la naissance, les chances de survie des tortillons sont minces. Ces mini-tortues affichent des tailles de « mouche » et sont très vulnérables : 4 cm pour 18 g. Les prédateurs en tous genres – oiseaux, crabes, rabes, poissons – les guettent. Les statistiques sont difficiles à établir avant qu'une Caretta caretta atteigne 15 ans, l'âge de maturité sexuelle.
« Une femme peut pondre tous les deux ans 6 fois 100 œufs, on peut dire qu'un seul tortillon atteindra cette maturité », indique la coordinatrice. Cinq éclosions sur huit ont déjà eu lieu. À Port Saint-Louis du Rhône, l'espoir est mince : un coup de mer a recouvert le nid d'eau pendant vingt-quatre heures.
Le réchauffement climatique en cause
Pourquoi la tortue caouanne est-elle soudainement revenue en Méditerranée française, alors que les pontes sont localisées en Grèce, Italie, Turquie, parfois par milliers ? « C'est un phénomène nouveau, pourquoi viennent-elles pondre ici ? L'hypothèse, c'est le réchauffement climatique, les femelles viennent explorer de nouveaux sites moins chauds », avance Sidonie Catteau.
Ces huit pontes en France sont inférieures aux précédentes années qui ont marqué le renouveau de leur présence sur notre littoral (14 en 2025 et 2024, 9 en 2023). « On s'attendait à un peu plus de pontes cet été, mais on a eu pas mal d'infos sur des tortues blessées, malades ou mortes en région », avance Renaud Dupuy de la Grandrive, directeur du milieu marin d'Agde.
Malgré tout, ces naissances restent une bonne nouvelle pour la biodiversité. Renaud Dupuy de la Grandrive rappelle la nécessaire mobilisation de tous : « les réserves marines ont formé les services communaux, les collectivités, à la détection des traces, les informations au quotidien sont fiables, c'est important de sortir du champ strictement scientifique », analyse-t-il.



