Dans « Le Bal des foudroyés », le romancier montpelliérain Camille Pascal relate la prise de pouvoir de Louis XIV en 1661, un coup d'État qui a instauré la monarchie absolue en quelques jours. L'écrivain, dont la plume flamboyante et rigoureuse est saluée, explique comment le jeune roi de 22 ans, passionné de fêtes, de chevaux et de femmes, a basculé en Roi Soleil après la mort de son parrain, le cardinal Mazarin.
Un coup d'État en 48 heures
Camille Pascal souligne que Louis XIV a organisé un véritable coup d'État en trois Conseils tenus en l'espace de 48 heures. Le premier s'est déroulé dans le plus grand secret, le soir même de la mort de Mazarin. Le lendemain matin, à 7 heures tapantes, le roi a convoqué ses ministres et secrétaires d'État pour leur signifier que plus personne ne serait autorisé à discuter sa volonté. « Vous ne signerez pas même un passeport sans m'en rendre compte », leur a-t-il déclaré.
Le roi a également annoncé la suppression du poste de Premier ministre, estimant que cette fonction résidait en lui seul, et a mis fin à la participation des Grands au pouvoir royal, une pratique datant du Moyen-Âge. Aux princes du sang et autres sommités du royaume, il a lancé : « Quand j'aurai besoin de votre avis, je vous le demanderai ». Camille Pascal raconte que, au moment où Louis XIV expliquait qu'il reprenait seul les rênes du pouvoir, le soleil qui se levait à peine frappait la vitre de la salle du Conseil, un symbole fort pour un roi de la communication.
Un roi traumatisé par la Fronde
Pour comprendre cette volonté de s'emparer du pouvoir à cet instant précis, Camille Pascal évoque le traumatisme de Louis XIV. Toute son enfance, il a vu sa mère, Anne d'Autriche, humiliée par les Grands du royaume, le Parlement et le peuple durant la Fronde. Cette période explique pourquoi il n'arrive pas à condamner Mazarin, qui leur a sauvé la vie. Plane aussi au-dessus de lui la Révolution anglaise, qui s'est soldée par la décapitation du roi.
De plus, le calme n'est pas revenu en France : Marseille est au bord de l'insurrection et des révoltes fiscales agitent les provinces. Camille Pascal pense que, lorsqu'il découvre les malversations de Mazarin, le roi se dit qu'il ne peut plus laisser le royaume se faire dépouiller. Selon Saint-Simon, Louis XIV avait « un esprit au-dessous du médiocre », mais il possédait un sens inné de la politique et de la communication. Le complot qu'il ourdit contre Fouquet, son surintendant des finances, est d'une dureté, d'une violence et d'une duplicité incroyables.
Fouquet, victime expiatoire
« Le Bal des foudroyés » raconte, sur le mode du thriller, l'arrestation de Nicolas Fouquet par d'Artagnan en septembre 1661. Camille Pascal précise que la chute de Fouquet est souvent expliquée par la célèbre fête qu'il donna en août 1661 dans son château de Vaux-Le-Vicomte, dont le faste provoqua la jalousie de Louis XIV. En réalité, cette histoire de fête est la raison qu'on a donnée à l'époque pour justifier la dureté du roi. L'idée de son arrestation date du 4 mai 1661, et c'est Colbert, l'homme de confiance de Mazarin, qui a tout monté.
Fouquet est la victime expiatoire pour dissimuler le gigantesque système de détournement de fonds orchestré par Mazarin, qui était devenu l'homme le plus riche d'Europe grâce à son trésor de guerre. Colbert, décrit par Camille Pascal comme un « tueur », a un problème à régler depuis la mort de Mazarin : il doit effacer le rôle qu'il a joué dans les prévarications du cardinal. Dans son testament, Mazarin l'a protégé en exigeant qu'on ne demande aucun compte à son homme de confiance pendant dix ans. Louis XIV, par habileté, préfère s'appuyer sur celui qui n'est rien, Colbert, plutôt que sur Fouquet qui a acheté toute la cour.
Redonner leur humanité aux personnages historiques
Camille Pascal, qui s'est imposé comme un portraitiste rigoureux et ironique des intrigues de l'Ancien Régime, explique son ambition : « Trop souvent les personnages des romans historiques sont des acteurs qu'on a déguisés, disait Marguerite Duras. Alors, en m'appuyant sur les mémorialistes, je m'efforce d'en faire des êtres de chair et de sang, mus par des passions qui sont les mêmes que les nôtres. » Il ajoute que l'âme humaine reste inchangée malgré l'évolution de la société.
Son objectif est de faire descendre ces personnages du piédestal qu'ils ont eux-mêmes cherché à bâtir. « Louis XIV, par exemple, s'est construit un personnage dont tous les historiens sont restés les otages », souligne-t-il. Il veut aussi rendre aux Français une histoire dont on les a spoliés en la saucissonnant, selon le courant de pensée de l'École des Annales. « Ce que j'ai essayé de montrer dans ce livre, c'est que tout va de pair, la musique de Lully, le coup d'État de Louis XIV, la peinture de Le Brun... Tout est lié », conclut-il.
Camille Pascal, bien qu'ayant quitté Montpellier depuis longtemps, reste un Montpelliérain de cœur. Il a été élu membre à l'unanimité de la Société archéologique de Montpellier, qui défend depuis près de 200 ans le patrimoine montpelliérain. La SAM lui consacrera une après-midi spéciale le 24 septembre à partir de 14 h 30 au Palais Jacques-Cœur, avec l'exposition de l'exemplaire armorié du livre « Les plaisirs de l'île enchantée » offert par Louis XIV à Louise de la Vallière. « Le Bal des foudroyés », éditions Robert Laffont, 22,50 €, 288 pages.



