Philippe Bouvard : confidences sur ses 90 ans, les Grosses Têtes et la télévision
Philippe Bouvard : confidences sur ses 90 ans et la télé

Philippe Bouvard, l'emblématique animateur décédé le 24 août, avait accordé un entretien à Midi Libre en 2019, à l'occasion de ses 90 ans, dans son appartement de Cannes. Midi Libre republie cet entretien en hommage. L'animateur y revenait sur sa carrière, son départ des Grosses Têtes, ses souvenirs du Tout-Paris et ses phobies.

Un cap des 90 ans vécu avec lucidité

Interrogé sur son anniversaire, Philippe Bouvard confiait : « J'ai longtemps été persuadé de mourir jeune et de laisser un grand livre. Finalement, je vis très vieux et je ne laisserai que des petits bouquins… » Il décrivait son état d'esprit : « Attristé par ces années qui passent, qui ne reviendront pas et la suite, inéluctable. Mais surpris de mener encore une vie agréable à mon âge, parce que je suis dans un bon état général. La vision et l'audition ont baissé, mais le reste demeure assez vivace. »

À propos de son départ des Grosses Têtes, il déclarait : « Non, car je dois être le seul dans l'histoire de la radio qui a été remplacé par celui qui essayait de le rattraper en vain depuis des années (Laurent Ruquier, NDLR). Et je me croyais intouchable. C'était une faiblesse d'appréciation de ma part. » Il ajoutait ne jamais avoir écouté l'émission de son successeur : « Cela ne m'intéresse pas. Comme j'ai voulu sortir de ces états d'âme négatifs, je n'ai jamais écouté. Et puis nous n'avons pas du tout les mêmes références culturelles. Nous sommes sur deux planètes différentes. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Souvenirs du Tout-Paris et de la télévision

Philippe Bouvard gardait un souvenir ébloui de l'époque où il régnait sur le Tout-Paris : « Un souvenir encore ébloui parce que tout était possible. J'ai eu jusqu'à 17 collaborations en même temps, on était invités partout, on pouvait mener grand train et le directeur de Match voulait que je vive aussi bien que les vedettes que j'allais interviewer. Je ne me l'étais pas fait dire deux fois, j'avais acheté une Rolls, conduite par un chauffeur en casquette, on frimait, on payait moins d'impôts et on gagnait très bien sa vie. »

À la télévision, il ne s'intéressait plus qu'aux émissions de journalisme : « Je crois que j'ai l'un des plus grands écrans (il montre la télévision géante installée face à son lit, NDLR), mais il n'y a plus que de très petites émissions. » Il évoquait ses créations télévisuelles, comme le rasage de Gainsbourg à l'écran : « On était dans un climat de fantaisie : Delon sur un trapèze, Zitrone sur un fauteuil de dentiste, j'appuyais sur la pédale, il montait, descendait… Plus mes questions étaient insidieuses, plus je souriais et j'étais aimable. Ils ne voyaient pas venir le danger… »

Révélations d'artistes et confidences personnelles

Il avait révélé de nombreux artistes : « Je leur ai fait gagner quelques mois, quelques années. J'ai découvert une centaine de comédiens dont 23 sont devenus des vedettes et les autres ont vécu très honorablement de leur métier. » Il ajoutait : « Encore aujourd'hui, quand on me signale un jeune journaliste, j'essaie de lui mettre le pied à l'étrier. »

Sur son père, qui l'avait abandonné à la naissance, il racontait : « Non, mais il est revenu quand j'avais 25 ans, j'étais rédacteur en chef du Figaro, je vois entrer un petit bonhomme très antipathique qui me dit "je suis votre père, je me suis installé au Maroc où j'ai une usine de papier et je veux voir si Le Figaro peut m'en acheter". Je ne l'ai plus revu. On ne voit ça que dans les films ou dans les romans. »

Interrogé sur son rapport à l'argent, il expliquait : « On m'avait refusé le smoking qui était obligatoire pour assurer mes reportages dans les soirées, en me disant "vous n'avez qu'à le louer". Comme je savais compter, j'ai acheté un smoking et une imprimerie d'enfants avec laquelle je confectionnais des factures de location du costume qui m'appartenait. Et les soirs où je ne le revêtais pas, je le louais à des confrères (rires). »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Phobies et habitudes de vie

Il entretenait des phobies tenaces : « Je prends très peu l'avion, je ne nage pas, je n'ai jamais fait de ski. Et je viens de réaliser que je n'ai jamais pris un repas ou bu quelque chose qui n'ait été préparé par un tiers. Au début de mon mariage, ma femme est partie deux jours voir une vieille tante, je me suis nourri de biscuits secs. J'ai de grosses lacunes qui n'ont jamais été comblées… »

Philippe Bouvard avait également évoqué sa carte de fidélité unique : « Oui je l'ai dit c'est vrai (rires) Ce n'est pas ce que j'ai dit de mieux, c'est un peu imprudent mais il y a un fond de vrai (rires). »