Défense antiaérienne : la France commande 4 batteries SAMP/T NG
Défense antiaérienne : 4 batteries SAMP/T NG commandées

Le ministère des Armées a annoncé mercredi que la Direction générale de l’armement (DGA) a commandé quatre batteries antiaériennes SAMP/T NG (Système sol-air moyenne et longue portée terrestre nouvelle génération) supplémentaires. Cette commande porte à douze le nombre de sections de nouvelle génération dont disposera l’armée de l’Air et de l’Espace, selon le communiqué. La Loi de programmation militaire (LPM) prévoyait déjà huit unités d’ici à 2030, et quatre supplémentaires d’ici à 2035. La véritable nouveauté est que « dix [sur les douze batteries] seront livrées avant fin 2030 », indique le communiqué. Il s’agit donc d’une accélération dans la livraison de ces systèmes.

Un premier système SAMP/T NG a déjà été livré début 2026 et est en cours d’évaluation. Le SAMP/T NG va ainsi succéder progressivement à l’actuel SAMP/T, appelé aussi « Mamba ». Voici ce que l’on sait sur ce nouveau système de défense.

Pourquoi la France accélère-t-elle en matière de défense antiaérienne ?

« La guerre au Moyen-Orient nous a fait réaliser que nous étions très limités dans ce domaine, explique à 20 Minutes Étienne Marcuz, analyste sur les armements stratégiques. On s’aperçoit qu’il y a une énorme vulnérabilité, et que nous n’avons pas assez de batteries, car entre les deux ou trois SAMP/T déployés au Moyen-Orient, ceux en maintenance, il ne nous reste plus grand-chose pour protéger nos propres sites sensibles, comme nos BAVN [Bases aériennes à vocation nucléaire]. Mais la grande question, avec l’arrivée de ces systèmes de nouvelle génération, c’est que va-t-on faire des anciennes batteries ? Va-t-on les garder en réserve ? Cela aurait du sens. »

Qu’est-ce que le SAMP/T NG ?

Mis en service en 2010, le système franco-italien SAMP/T (les Britanniques ont rejoint le programme par la suite) développé par Eurosam – regroupant MBDA et Thales, permet de se défendre contre des menaces aériennes comme des avions, ou des missiles de croisière et balistiques « rustiques ». En mars 2024, la frégate française de défense aérienne Alsace avait ainsi abattu en mer Rouge trois missiles balistiques tirés par les rebelles yéménites Houthis.

Le SAMP/T NG étend sa couverture aux missiles balistiques et hypersoniques (manœuvrant), dont la vitesse est supérieure à cinq fois la vitesse du son - Mach 5. Il a une portée de détection supérieure à 350 kilomètres et d’interception de la cible à 150 kilomètres, jusqu’à 25.000 mètres d’altitude. Dans un communiqué diffusé ce jeudi, Eurosam souligne qu’il peut « contrer les menaces émergentes et futures aussi diverses que les missiles balistiques manœuvrant, les missiles balistiques embarqués, les missiles tactiques à grande vitesse, drones et aéronefs à haute manœuvrabilité, dans un scénario d’attaque saturée » pour « éliminer simultanément et dans n’importe quelle combinaison tous types de menaces ».

Il utilise pour cela un nouveau radar, le Ground Fire 300, ainsi que le missile Aster 30 B1NT (nouvelle technologie). Deux tirs - en France - de ce missile ont déjà été réalisés depuis le Centre « Essais de missiles » de la DGA à Biscarrosse (Landes). « Il constituera une avancée majeure dans la protection contre les nouvelles menaces aériennes, [puisque] ce missile sera capable d’intercepter des missiles balistiques de moyenne portée et des missiles hypersoniques », assure le ministère des Armées.

« Ce nouveau système a pour vocation d’intercepter des missiles de type Iskander ou Kinjal, poursuit Étienne Marcuz. On ne peut pas certifier qu’il peut intercepter des missiles hypersoniques, puisqu’il ne l’a pas encore démontré, mais il y a assez peu de doutes sur sa capacité à le faire. L’autre nouveauté de la loi de programmation militaire est que le SAMP/T NG sera associé au Mica/VL [Vertical Launch, d’une portée de 20 km et jusqu’à 9.000 mètres d’altitude], pour une défense appelée "bi-couche", le Mica/VL étant destiné à la courte portée pour intercepter le bas du spectre – notamment les drones. »

Que peut-il protéger ?

Le SAMP/T NG peut être déployé « rapidement, avec un nombre limité de personnes, pour une protection à 360° des forces armées, des environnements civils denses et des sites militaires sensibles », assure Eurosam. Il devrait être déployé en priorité autour des BAVN, souligne Étienne Marcuz. « Mais il pourra aussi être installé pour protéger d’autres bases aériennes, je pense à celle de Mont-de-Marsan notamment, ajoute l’expert. On peut aussi le déployer pour protéger une ville de taille moyenne. Ensuite, il peut être déplacé pour aller sur des sites accueillant des sites sensibles – de type Jeux olympiques, visite du pape, G7… »

Quels pays s’intéressent à ce système de défense antiaérienne ?

Le système SAMP/T NG a déjà été commandé pour équiper les forces aériennes françaises et italiennes, ainsi que l’armée de terre italienne. Les premiers systèmes ont été livrés à l’Armée de l’Air et de l’Espace et à l’Armée de Terre italienne début 2026 pour une évaluation opérationnelle. En septembre 2025, le Danemark avait surpris le monde de la défense en choisissant le SAMP/T NG pour sa défense aérienne, au détriment du Patriot américain. Les Danois ont commandé huit systèmes SAMP/T NG. L’Ukraine, qui se repose aussi beaucoup sur le système Patriot, a également annoncé une commande de quatre systèmes franco-italiens, en juillet dernier. « D’autres nations ont également fait part de leur intérêt pour ce système européen », indique le ministère des Armées.