Finance durable : peut-elle financer la transition écologique ?
Finance durable : peut-elle financer la transition ?

La transition écologique mondiale pourrait être financée en mobilisant les milliards épargnés par les citoyens, soit 6 300 milliards d'euros rien qu'en France, selon François Gemenne, professeur à HEC Paris et spécialiste des effets du changement climatique. Cette idée a été au cœur du cycle de rencontres « Les super pouvoirs de la finance », conçu par Goodvest et animé par la rédaction du « Nouvel Obs », du 13 au 16 octobre à Paris.

La biodiversité, un enjeu économique majeur

Pour Olivia Blanchard, fondatrice de Nature in Finance, il est essentiel de sensibiliser les grands groupes financiers, notamment les banques, à la conservation et à la restauration des écosystèmes. « Il faut leur expliquer que toute notre économie dépend drastiquement de l'état de la biodiversité : s'il n'y a plus de nature, il n'y a plus rien ! » a-t-elle insisté. Elle suggère de doter les écosystèmes d'une « valeur économique » pour mieux les protéger.

Cédric Ringenbach, fondateur de la Fresque du Climat, a partagé ce point de vue : « Vive la finance "verte", mais l'idéal serait qu'il n'y ait pas besoin de préciser qu'elle est "verte", parce que les projets les plus vertueux seraient naturellement rentables. » Il a défendu une augmentation de la taxe carbone, avec une redistribution partielle aux ménages les plus démunis sous forme de « chèque vert ».

Des solutions prometteuses mais insuffisantes

Arthur Keller, spécialiste des stratégies de résilience face aux risques systémiques, a estimé que ces solutions « ne seront sans doute pas suffisantes ». Il anticipe d'importants bouleversements économiques et sociaux dus à « la fin de l'abondance d'hydrocarbures bon marché » et à « une société fondée sur la croissance, qui s'effondre si elle arrête de croître ».

Pour les épargnants, Julien Benayoun, cofondateur de la plateforme d'investissement Lita, recommande de « réviser sa conception de la richesse ». Il souligne que demain, nous serons sans doute plus satisfaits d'avoir utilisé notre argent pour développer des entreprises à impact, même si la rentabilité est inférieure. Lita propose un « ticket d'entrée » à partir de 100 euros pour investir dans le « non coté », mais Julien Benayoun conseille de ne pas y consacrer plus de 10 % de ses investissements.

Des outils concrets pour verdir son épargne

Pour verdir une épargne « classique », les détenteurs de contrats d'assurance-vie ou de plans d'épargne retraite peuvent opter pour des fonds labellisés Greenfin. Il est également possible d'exclure les placements en actions dans des entreprises nuisibles à l'environnement. « Les banques ont un "devoir de conseil" », rappelle Julien Benayoun.

Nicolas Schweitzer, créateur de La Vie, société de foodtech commercialisant des alternatives végétales à la viande, témoigne : « C'est une immense satisfaction d'aligner ses valeurs avec la création de valeur. » Il joue les business angels, mais prévient : « Je ne recommanderais pas cette prise de risque à tout le monde ! »

Pour limiter les aléas, les professionnels peuvent se tourner vers des fonds spécialisés. Daphné Dupont-Gurs, associée de Ring Capital, détaille leur méthode : « Nous prenons en compte ce qu'ils veulent faire, étudions le projet des créateurs de start-up, la mesurabilité de l'impact social et environnemental de leur activité, l'additionnalité, et l'échelle de l'impact qui doit être significatif pour la planète. » Son fonds, créé en 2017, a déjà levé 500 millions d'euros.

Quel rôle pour la prochaine présidentielle ?

Paul Schreiber, de l'ONG Reclaim Finance, estime que « la France a un rôle à jouer pour modifier la législation européenne qui autorise le greenwashing », mais regrette que « sous l'influence du lobby pétrolier, notre gouvernement a pris des positions très conservatrices ». Parmi les pistes pour les candidats : inciter les investisseurs publics (Caisse des Dépôts, gestionnaires de fonds de retraite) à décarboner leurs placements, ou conditionner les crédits d'impôt à des critères environnementaux.

Aurore Pinon-Jacques, cofondatrice de Goodvest, plaide pour plus de pédagogie : « En France, on manque cruellement d'éducation financière. » Christian Bruère, cofondateur de Mob-ion, service de location de scooters électriques, recommande d'invoquer les arguments du « pouvoir d'achat » et de la « souveraineté ». Il défend le modèle de « pérennité programmée circulaire » pour lutter contre la vie chère et relocaliser la production. Ses deux-roues, conçus pour durer plus longtemps grâce au remplacement des pièces, ont un carnet de commandes plein, mais les capitaux manquent encore pour financer leur développement.