Le tribunal correctionnel d'Alès a condamné, jeudi 22 octobre, un mécanicien de 30 ans à trois ans de prison, dont un an avec sursis probatoire, pour un refus d'obtempérer et une course-poursuite survenus dimanche 18 octobre sur la RN 106, entre Vézénobres et Alès. L'homme, qualifié de « danger public » lors de son procès, a été maintenu en détention.
Un contrôle de vitesse qui dégénère
Ce jour-là, à 16 h 40, le chauffard circule en direction d'Alès lorsqu'il est contrôlé au niveau de Vézénobres à 153 km/h (vitesse retenue) au lieu des 110 km/h autorisés. Lors de l'instruction, il a précisé qu'il faisait alors la course avec un autre automobiliste, alors qu'il conduisait malgré une annulation de son permis et avec près de 2 g d'alcool par litre de sang.
Pris en chasse par la brigade motorisée, il ne s'arrête pas. Arrivé à la fin de la 2X2 voies, il est obligé de ralentir. Un motard se met à sa hauteur et casse sa vitre involontairement en la saisissant. Le trentenaire n'obtempère pas et prend la direction du centre-ville d'Alès.
Une course-poursuite hallucinante en ville
« À vive allure », selon Élodie Thebaud, la présidente de l'audience, le prévenu prend deux ronds-points à l'envers, grille des feux rouges, roule avec deux roues soulevées dans les virages et finit sa course contre une barrière, quai de Bilina. Là, deux motards et un véhicule du Peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (Psig), venu en renfort, bloquent le mis en cause.
Mais le mécanicien, au volant d'une voiture prêtée par son patron, passe la marche arrière, percute la voiture du Psig et embarque l'un des motards qui se blesse à la main et chute « à quelques centimètres des roues » (neuf jours d'interruption totale de travail, ITT). Il prend la fuite, non sans avoir roulé sur une moto de la gendarmerie, en direction de la rue Winston-Churchill, où il habite. Il se réfugie chez lui. Sur le balcon, un militaire du Psig parvient à l'interpeller, après avoir utilisé à deux reprises son pistolet à impulsion électronique.
Des réactions contrastées à l'audience
« On a fait un petit remake de "Fast and Furious", quand même ! », a lancé la présidente Thebaud. Depuis son box, le prévenu explique : « Quand la vitre a explosé, j'ai pris peur. L'adrénaline est montée. Et je n'ai pas réfléchi. C'est la peur qui a pris le dessus. » Il dit ne s'être « rendu compte qu'après, quand (il s'est) fait interpeller » de la gravité de ses actes.
« Votre comportement était tellement violent que les gendarmes ont sorti leurs armes ! », lui lance la présidente. « Je n'ai pas les mots… », répond-il. Me Jean-Pierre Bigonnet, conseil de la mairie d'Alès, parle d'un « dossier aussi consternant qu'inquiétant ». Sa consœur Me Audrey Bonnel, avocate de militaires présents lors du refus d'obtempérer, déclare : « Pendant neuf minutes, un homme a décidé que la vie de ces quatre gendarmes comptait moins que sa fuite. » Elle ajoute : « Si nous ne sommes pas devant une cour d'assises, c'est dû à la chance. »
Une peine conforme aux réquisitions
Cindy Fernandez, la substitut du procureur de la République, estime : « Il se croit tout permis et prend tous les risques. On a frôlé le drame, la catastrophe. » Elle milite pour un maintien en détention, soulignant que le prévenu « n'en a absolument pas conscience » et qu'il a déjà été condamné deux fois pour des délits routiers.
Me Julie Peladan, avocate de la défense, concède : « On se rejoint tous, lui compris, pour dire que c'est une scène totalement lunaire. » Elle ajoute que son client « est totalement conscient de la gravité des faits », qu'« il a paniqué totalement » et qu'« il est un peu comme un animal traqué qui cherche à fuir ». Elle s'oppose à ce qu'elle perçoit comme « une peine d'élimination », estimant que pour cet Alésien « inséré », « la détention, ce n'est pas sa place ».
Le temps de délibération ne s'éternise pas. Les juges suivent la ligne du ministère public. Le Gardois est condamné, au principal, à trois ans de prison, dont un avec sursis probatoire, assortis d'un maintien en détention. Il retourne dans sa cellule de Villeneuve-lès-Maguelone.