Cervin L’Arsoie, la Rolls-Royce des bas et collants en Cévennes
Cervin L’Arsoie, l’excellence des bas en Cévennes

Nichée au cœur des Cévennes, à Sumène (Gard), la manufacture Cervin L’Arsoie perpétue depuis 1920 un savoir-faire d’exception dans la confection de bas, collants et corseterie de luxe. Aujourd’hui, 80 % de son chiffre d’affaires provient de la vente en ligne, et son taux de retour produit est de 0,00001 %, selon son directeur général Marc Laurent.

Une histoire centenaire et un virage vers l’export

L’entreprise familiale L’Arsoie est fondée en 1918 par Auguste Massal, initialement fabricant d’emballages cartonnés haut de gamme pour bas et collants. En 1920, elle se spécialise dans la production de bas. Dès cette époque, Germain Massal, frère d’Auguste, fabrique à Sumène des bas de soie emballés dans de luxueuses boîtes qui approvisionnent les cours royales et impériales européennes et sillonnent le monde, de l’Argentine à la Russie, raconte Marc Laurent, qui a rejoint l’aventure en 2010.

En 1996, Serge Massal, petit-neveu d’Auguste et Germain, devient président-directeur général et oriente l’entreprise vers l’export, parcourant les salons de lingerie du globe. En 2010, la marque s’expose au pavillon français de l’Exposition universelle de Shanghai. Le fichier client s’étend notamment en Allemagne et au Royaume-Uni.

Un process unique et des clients prestigieux

Serge Massal décroche notamment un contrat avec Victoria’s Secret, le géant américain de la lingerie, dont L’Arsoie assure durant deux ans la ligne Gold. Aujourd’hui, la marque compte des clientes sur les cinq continents, dont Beyoncé, Alexandra Lamy, Frédérique Bel et Dita Von Teese, toujours sans boutique en nom propre. Les 20 % restants du chiffre d’affaires proviennent de ventes en boutiques multimarques et sous marque blanche, notamment pour la marque anglaise Agent provocateur.

Ce succès s’explique par un process de fabrication unique, dû à la qualité des machines de tricotage et au travail des 25 salariés, tous basés au siège social de Sumène. L’entreprise dispose de deux sites de production : l’un consacré à la fabrication à plat des bas couture fully-fashioned, l’autre, de 4 000 mètres carrés, dédié à la corseterie haut de gamme, lancée il y a trois ans. Une quarantaine de modèles de porte-jarretelles et serre-tailles en 6 coloris, de styles vintage/classique ou en dentelles, y sont produits.

Des machines patrimoniales et un investissement stratégique

Le second site accueille la production de bas en maille jersey ultrafins (7 deniers) sur des métiers à tricoter automatisés et circulaires comptant chacun 400 aiguilles. Cinquante machines, d’une hauteur moyenne d’une jambe, produisent chaque jour de 3 heures à 18 heures, en 3 minutes l’unité, 200 références différentes. Chaque bas est teinté, repassé à la verticale, assemblé en paire puis vérifié à l’œil nu avant expédition.

Cervin L’Arsoie possède trois métiers READING, classés au titre du patrimoine industriel national, d’une valeur inestimable. Ces machines 100 % mécaniques de 17 mètres de long et 17 tonnes chacune confectionnent en simultané, sur chacune de leurs trente têtes, des bas en nylon monobrin en 45 minutes. Deux fabricants de bas fully-fashioned existent dans le monde, dont un en France, à Sumène. Ces métiers, munis de près de 6 000 aiguilles, ne peuvent être manipulés que par des experts, comme Stéphane ou Massud, technicien bangladais anciennement chez Montagut.

Début 2026, l’entreprise a engagé un investissement de 150 000 euros pour créer un atelier lingerie qui dévoilera dès octobre 2027 ses premières productions 100 % soie : nuisettes, caracos, shorties, kimonos, confectionnés avec des tissus des soieries lyonnaises. Selon Marc Laurent, ces créations « allieront exigence technique et élégance et ouvriront la voie à une hausse substantielle du chiffre d’affaires », avec le recrutement de 4 ou 5 collaborateurs d’ici deux à trois ans. « Notre produit est le meilleur du marché en France comme à l’étranger », a-t-il résumé le 16 octobre 2026.