Pillages : l'IA Citadel traque les casseurs grâce aux vidéos
Pillages : l'IA Citadel traque les casseurs

Au lendemain du 17 octobre, plus de 3.000 commerces avaient été vandalisés et pillés dans toute la France, et presque autant de personnes avaient été interpellées pour des violences ou des vols. Mais le nombre de mis en cause augmentera de manière exponentielle à mesure que les enquêtes ouvertes porteront leurs fruits. Pour traquer les individus qui n'auraient pas été pris les sacs en main, les enquêteurs disposent d'une arme redoutable : l'analyse de vidéos assistée par intelligence artificielle.

Une collecte massive de vidéos dès le 18 octobre

Dès le 18 octobre, des enquêteurs de la police judiciaire et des techniciens de police scientifique s'affairaient sur les lieux des pillages, recueillant des éléments pour tenter d'interpeller les casseurs. Empreintes, ADN, témoignages et, surtout, les enregistrements des caméras de surveillance des établissements ciblés. Mais ils ne se contentent pas de cette dernière option. Sur réquisitions, les policiers ont aussi pu se faire remettre les enregistrements de bien d'autres caméras : transports, parkings, bâtiments publics ou vidéosurveillance municipale.

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a affirmé lundi que les enquêteurs n'hésiteraient pas à exploiter les innombrables vidéos des pillages publiées sur les réseaux sociaux. La préfecture de police de Paris a d'ailleurs lancé mardi une plateforme pour collecter des vidéos filmées par des témoins des scènes de pillage.

Citadel, l'outil d'IA qui traite des années de vidéo

Pour exploiter toute cette matière et identifier les auteurs présumés, les enquêteurs utilisent désormais un logiciel d'intelligence artificielle développé par la start-up française Orasio. « Nos solutions permettent de détecter des situations sensibles dans des flux vidéo, à la fois en temps réel ou a posteriori », explique Florian Fournier, président et co-fondateur de l'entreprise.

L'enquêteur collecte les vidéos et les charge dans l'outil, baptisé « Citadel ». Par exemple tout ce qu'il peut trouver dans le secteur de la place de la République à Paris entre le 17 et le 18 octobre. En termes de capacité, l'outil est solide : « pour certaines enquêtes, le cumul des vidéos importées représentait l'équivalent de 9 années », assure le président d'Orasio. La suite est d'une simplicité déconcertante. « Il suffit de faire une requête dans Citadel comme on la ferait dans ChatGPT, par exemple écrire ''Je cherche un individu qui avait une cagoule noire, un sac à dos vert Adidas et des chaussures blanches Nike'' », poursuit Florian Fournier. Et Citadel sort de la masse de vidéos tout ce qui correspond.

Suivi à la trace et limites légales

Le logiciel permet aussi de pister un véhicule grâce à sa plaque d'immatriculation, retraçant son parcours en fonction de l'implantation des caméras dont sont tirées les vidéos et de l'horodatage des images. Le co-fondateur d'Orasio ajoute que « s'il n'y a pas de plaque d'immatriculation, on peut aussi procéder par similarité et rechercher des détails spécifiques d'un véhicule ». Cela vaut aussi pour un individu habillé tout en noir qui aurait tout de même un signe distinctif. « Mais pas de critère biométrique, la reconnaissance faciale est interdite sur le territoire national », souligne Florian Fournier. Pourtant, le ministre de la Justice a promis qu'elle serait utilisée pour comparer les images provenant des réseaux sociaux avec le fichier de Traitement d'antécédents judiciaires (TAJ).

En gros, Citadel va permettre de retracer le parcours d'un casseur présumé grâce à ses caractéristiques vestimentaires. L'enquêteur saura qu'il a pillé telle boutique, qu'il a cassé telle autre, voire qu'il a rejoint son véhicule après dans telle rue. L'utilisation du TAJ, qui n'est pas couplé à Citadel, servira ensuite à identifier ce casseur, si toutefois il figure au fichier.

Des fonctionnalités bridées en France, mais pas ailleurs

Les outils d'Orasio permettent d'aller bien plus loin en les intégrant directement aux flux vidéo live des réseaux de vidéosurveillance des villes, par exemple. Si ces fonctions sont bridées en France par la réglementation, ailleurs, c'est une autre histoire. Selon Orasio, « en Ukraine, le cadre légal permet par exemple d'utiliser la reconnaissance faciale sur les caméras des villes pour retrouver une liste de personnes d'intérêt qui font des actes d'ingérence et des actes de sabotage sur le territoire national ».

La loi française ne permet pas - du moins pas encore - d'exploiter la vidéosurveillance algorithmique pour tout et n'importe quoi. Ce n'est pas possible pour prévenir les pillages ou les actes de vandalisme, puisqu'il faudrait permettre à l'IA de détecter des caractéristiques physiques ou des comportements. Autrement dit, exploiter de la biométrie. Et cela reste interdit, sauf exceptions dûment encadrées par l'IA act européen et l'article 9 du RGPD.