Au 14 rue Ambroise Paré, dans le 10e arrondissement de Paris, la Halte Soins Addictions (HSA), plus connue sous le nom de « salle de shoot », enregistre environ 350 passages par jour, selon la coordinatrice de l'espace, géré par l'association Gaïa depuis son ouverture. Le 14 octobre, la salle a célébré ses dix ans d'existence, une expérimentation inédite qui doit prendre fin en décembre 2027, après deux prolongations votées au Parlement.
Un bilan chiffré positif, mais des riverains divisés
Depuis son ouverture, « 2.300 personnes ont été reçues » et « 664.000 consommations ont eu lieu dans la salle en dix ans », a affirmé Élisabeth Avril, directrice de l'association Gaïa, lors d'une conférence de presse vendredi matin. Elle souligne également un accompagnement médical et psychiatrique pour des personnes « précaires en situation de dépendance très sévère ». En 2025, « 54 personnes » auraient quitté la HSA pour accéder à une cure de désintoxication.
Le collectif de la Traverse, qui unit riverains, professionnels et usagers, salue un bilan positif. Plusieurs rapports étayent ces constatations, dont le dernier, publié en décembre 2025 par l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'Inspection générale de l'administration (IGA), qui observe environ dix fois moins de seringues abandonnées dans l'espace public, l'absence d'une hausse de la délinquance à proximité, ainsi qu'une réduction des risques sanitaires.
Les critiques des habitants et les nuisances persistantes
Mais de l'autre côté, certains riverains dénoncent un « chaos autour de la salle de shoot », qu'ils considèrent « incompatible avec le voisinage ». Le collectif « Riverains Lariboisière Gare du Nord », très actif sur X, poste des photos de seringues et de déchets jonchant le sol près de la HSA. Interrogés sur place, d'autres habitants confient que des seringues parsèment le trottoir « chaque matin », et que les choses peuvent vite dégénérer. « Il y a souvent des bagarres, à partir du milieu de l'après-midi », constate l'un d'eux. « Le soir, quand la salle ferme, ils vont tous consommer dans la rue Guy-Patin », où se situe l'hôpital Lariboisière. « Ils traînent et restent toute la nuit, on les voit se piquer devant les portes d'immeuble. »
Deux habitants de cette rue confirment un « bruit infernal, des cris et des embrouilles », avant d'ajouter : « Nos amies filles ne se sentent pas en sécurité le soir lorsqu'elles nous rendent visite, tout comme certaines de nos voisines. » D'autres relativisent, dont une jeune fille qui l'assure : « Tout se passe bien. C'est Barbès, il y a toujours du monde, mais la présence de la salle de consommation est une bonne chose, ça permet aux gens de moins rôder dehors dans la journée. »
Quel avenir pour la salle de consommation ?
L'avenir de la HSA reste incertain, malgré l'énergie et la volonté déployées par l'association Gaïa, les riverains en soutien, d'autres organisations comme Médecins du Monde ainsi que plusieurs élus. « Il est totalement absurde que cette salle soit l'une des seules sur le territoire national, martèle Alexandra Cordebard, maire du 10e arrondissement depuis 2017, et que le projet ne soit pas dupliqué partout où il y a une nécessité. » Le budget annuel de la salle avoisine aujourd'hui les 5 millions d'euros, « pour 11 millions d'euros de coût évité chaque année » pour la santé publique, rappelle la maire.
L'unique autre HSA en France a été ouverte à Strasbourg, en même temps que celle de Paris, mais douze maires ont réclamé un dispositif similaire dans leurs communes, comme ceux de Marseille, Lyon, Nantes ou encore Montpellier. La décision finale sur la pérennité du dispositif reviendra au Parlement, qui devra se prononcer avant la fin de l'expérimentation en décembre 2027.