Bourges : les gilets jaunes de retour, une mobilisation en demi-teinte
Bourges : gilets jaunes, mobilisation en demi-teinte

Ce samedi 17 octobre, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Bourges pour une nouvelle mobilisation des « gilets jaunes », cinq ans après l'acte IX du mouvement qui avait réuni plus de 6 000 personnes dans la préfecture du Cher. Selon le speaker de la CGT, 2 400 personnes ont participé à la journée, soit plus d'un tiers du pic de janvier 2019. Si la colère sociale demeure, la manifestation a changé de visage, avec une présence massive de drapeaux LFI et de syndicats, et des revendications élargies au-delà du pouvoir d'achat.

Un rendez-vous attendu mais un démarrage poussif

Le matin, l'ambiance était à l'inquiétude. Catherine, 64 ans, sirotait son cappuccino dans son bistrot préféré, heureuse de voir l'établissement ouvert et aucun rond-point occupé. « J'espère qu'il y aura un peu plus d'action cet après-midi », confiait-elle, craignant un flop. À midi, la place Seraucourt, lieu de rassemblement choisi, sonnait creux, avec peu d'appels à la mobilisation et des horaires divergents.

Mais le lieu s'est finalement rempli de plusieurs centaines de personnes. Bruno, 43 ans, déjà présent en 2018, s'est réjoui : « C'est normal de revenir ici. On attendait que ça. » Il rappelle l'équation de départ : « Les gilets jaunes, première édition, s'étaient mobilisés pour un litre à 1,50 euro. Aujourd'hui, il est carrément à un euro plus cher. »

Des revendications diluées et une base moins visible

Cécile, absente du mouvement il y a cinq ans, a revêtu un gilet jaune pour la première fois. « Tout est encore pire qu'il y a cinq ans. On en a vraiment marre, je ne pouvais pas ne pas y aller », explique-t-elle. Le mouvement lycéen est fréquemment cité dans le cortège, et Bruno s'indigne : « On ne va pas laisser les jeunes se bouger seuls à notre place. C'est à nous aussi de protester. Nos enfants se font tabasser et nous, on aurait peur de sortir un samedi ? »

Benoît, ouvrier de 52 ans, s'irrite d'entendre plus de « Siamo tutti antifascisti » et de « Free Palestine » que de slogans sur le prix de l'essence. « À l'époque, on avait une seule revendication : le pouvoir d'achat. Ça devrait amplement suffire à nous rassembler. J'ai peur qu'on soit inaudibles à force de parler de tout », regrette-t-il. Louis, 42 ans, « gilet jaune » de la première heure, déplore « la surreprésentation des drapeaux LFI et des syndicats », le mouvement étant coorganisé par la CGT. « Avant, les gilets jaunes étaient un mouvement purement populaire. Du peuple directement par le peuple. C'est triste de passer par tant de relais aujourd'hui », ajoute-t-il.

Un succès malgré tout, mais un constat amer

La convergence des luttes a aussi ses adeptes, comme Salomé et Nicolas, venus avec leur chien. « Les gilets jaunes sont là pour l'essence, moi, c'est plutôt pour défendre les services publics et notamment la santé. Il faut plus de moyens », encourage Salomé. Après un tour de la ville, le cortège a bloqué symboliquement le rond-point de la place Seraucourt. Le speaker de la CGT a annoncé 2 400 personnes, soit plus d'un tiers du pic de janvier 2019. Louis, encore critique, concède : « Tout n'est pas parfait, bien sûr, et on est loin d'avoir retrouvé les gilets jaunes d'autrefois. Mais je préfère une mobilisation imparfaite à pas de mobilisation du tout. C'est au moins un bon début. »