Canicule à Millau : les commerçants hésitent à changer leurs horaires
Canicule à Millau : les commerçants hésitent à changer

À Millau, où les épisodes de fortes chaleurs s'intensifient chaque été, la question de l'adaptation des commerces n'est plus théorique. Lors des Rencontres du Commerce, l'urbaniste David Lestoux a invité les commerçants à « travailler mieux plutôt que travailler plus », en repensant notamment leurs horaires d'ouverture. Une idée qui fait son chemin, même si elle bouscule encore les habitudes.

Des horaires bousculés par la chaleur

« Entre midi et 15 h 30, il n'y a plus personne dans les rues », reconnaît Mustapha Kechkech, président des commerçants de la rue Droite. « Il faudra peut-être s'inspirer un peu du modèle espagnol. Avec le changement climatique, on sera obligés d'y venir. » Dans son secteur, plusieurs boutiques restent désormais ouvertes jusqu'à 20 heures en été et participent à des nocturnes organisées collectivement, le jeudi soir, jusqu'à 21 h 30.

« À le faire, il faut que tout le monde joue le jeu. Seul, cela ne fonctionne pas », insiste Mustapha Kechkech. Tous le reconnaissent, l'évolution des comportements est déjà visible. « Aux heures les plus chaudes, les familles privilégient la rivière ou la piscine, tandis que les personnes âgées, clientèle fidèle du centre-ville, limitent leurs déplacements. Les clients reviennent davantage en fin d'après-midi, quand la température baisse », observe le commerçant.

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Des réticences encore fortes

Tous ne sont pourtant pas convaincus. « Nous ne sommes pas une station balnéaire. Pourquoi ouvrir le soir si personne ne vient ? » s'interroge une commerçante qui reconnaît que « prolonger les horaires représente un vrai changement quand on a une vie de famille ». Et quand ils se disent prêts à tenter l'expérience, à l'occasion uniquement de la saison estivale, tous plaident pour une action progressive. « Pourquoi ne pas commencer un ou deux soirs par semaine, puis voir si cela fonctionne ? »

Pour David Lestoux, cette adaptation des centres-villes dépasse la seule question des horaires. Face à un commerce concurrencé par le numérique, le centre-ville doit offrir une expérience que l'on ne trouve pas derrière un écran. Animations, espaces ombragés, convivialité et souplesse des usages deviennent désormais des leviers d'attractivité.

Un défi climatique incontournable

Selon les projections, Millau pourrait connaître d'ici le milieu du siècle près de 92 jours anormalement chauds par an, contre une « quarantaine aujourd'hui, ainsi qu'une hausse sensible des journées au-delà de 25 °C et des nuits caniculaires ». Dans ces conditions, les habitudes de consommation comme les horaires d'ouverture pourraient évoluer presque naturellement. Pour beaucoup de commerçants, la question n'est donc plus de savoir si le changement viendra, mais à quel rythme.

Quant à végétaliser les rues du centre-ville comme évoqué sous la précédente municipalité pour casser l'effet îlot de chaleur ? « L'idée était bonne mais à part le CPIE (Centre permanent d'initiatives pour l'environnement NDLR) qui propose des ateliers de sensibilisation, plus grand-chose ne bouge de ce côté-là », résume Mustapha Kechkech, toutefois convaincu d'une chose. « Il faut s'adapter, on n'aura pas le choix ». Une conviction qui relevait de l'anticipation il y a encore quelques années mais qui ressemble désormais à une évidence.

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