Le Haut-commissariat au plan (HCSP) propose, lundi 14 septembre 2026, que la France se fixe un objectif contraignant de neutralité carbone en empreinte à l'horizon 2060, intégrant les émissions de CO2 liées à ses importations. Cette recommandation vise à « aller plus loin » que l'engagement actuel de neutralité carbone en 2050, qui ne prend en compte que les émissions territoriales.
Une prise en compte élargie des émissions
« Il faut prendre en compte une réalité plus large, c'est-à-dire ce qu'on émet en tant que producteurs sur notre territoire, mais ce qu'on émet comme émissions de gaz à effet de serre aussi en tant que consommateurs, en intégrant les importations », a résumé Clément Beaune, haut-commissaire au Plan et ancien ministre, lors d'une présentation à la presse.
Actuellement, la France s'est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050, ce qui implique que ses émissions résiduelles de CO2 soient compensées par une absorption équivalente par les puits de carbone, comme les forêts. Cependant, cet objectif exclut les émissions générées par la production des biens importés. La dernière feuille de route climatique (SNCB-3) introduit pour la première fois une cible indicative sur l'« empreinte carbone », qui inclut ces émissions importées. Cette empreinte carbone de la France équivaut à environ une fois et demie les seules émissions territoriales.
Un rythme de baisse de 6% par an
Le HCSP plaide donc pour « un objectif de neutralité en empreinte à l'horizon 2060 », soit un rythme de baisse de l'empreinte de 6% en moyenne d'ici 2060. Pour être pleinement effectif, cet objectif devrait être porté à l'échelle de l'Union européenne et rendu contraignant, estime Nicolas Riedinger, directeur du département Environnement de l'institution, dans la note.
L'un des objectifs serait d'encourager les autres pays à réduire leurs propres émissions pour pouvoir continuer à exporter en Europe. « Si cet objectif reste français, l'effet incitatif sera nécessairement limité. En revanche, on pense qu'il peut être considérable au niveau européen, notamment vis-à-vis d'économies qui sont aujourd'hui très dépendantes du marché européen pour leurs débouchés. On pense naturellement à la Chine », indique Nicolas Riedinger.
Double dividende et risques inflationnistes
L'adoption d'une telle cible pourrait permettre d'engranger un « double dividende, climatique et productif », en favorisant une production décarbonée et les relocalisations industrielles. Toutefois, elle pourrait renchérir « certains biens », reconnaît l'auteur. Face à ce risque inflationniste, il insiste sur la nécessité de « veiller à répartir de manière équitable les efforts » en étant attentif à la « question de la transition juste ».



