La Cour des comptes réclame la généralisation, d'ici 2028, du carnet de vaccination électronique, une promesse récurrente des ministres de la Santé. Dans un rapport d'évaluation de la politique de vaccination depuis 2018, l'institution pointe un obstacle majeur pour la protection individuelle et un risque pour la santé publique. Elle demande également une meilleure évaluation de l'efficience des nouveaux vaccins plus coûteux, notamment les vaccins antigrippaux.
Un retard préjudiciable pour la santé publique
« Le fait que nous n'ayons pas chacun un carnet de vaccination électronique à jour est un obstacle majeur pour notre protection individuelle », a déclaré Amélie de Montchalin, présidente de la Cour des comptes, lors de la présentation du rapport. Beaucoup de personnes ignorent leur statut vaccinal et la nécessité ou non de faire des rappels, a-t-elle ajouté.
« C'est aussi un élément de fragilité » en matière de santé publique, a-t-elle souligné. En cas d'épidémie, « le degré de protection de la population n'est pas connu », a-t-elle insisté. Le carnet de vaccination électronique est intégré dans « Mon Espace Santé », le carnet de santé électronique des Français consultable sur smartphone.
Des outils informatiques incomplets
Selon les chiffres de la Cour, seuls 35 % des assurés sociaux ont activé l'application, et parmi eux, seuls 11 % ont des données de vaccination qui y figurent. Actuellement, seuls les pharmaciens, qui vaccinent contre la grippe, alimentent massivement « Mon Espace Santé » de leurs patients. Les outils informatiques des autres professionnels de santé vaccinateurs, comme les médecins, ne permettent souvent pas de compléter rapidement et sans heurts le carnet de leurs patients.
La Cour des comptes demande que « l'ensemble des vaccinateurs » inscrivent les vaccins administrés dans « Mon Espace Santé » d'ici 2028, et que, d'ici la même date, tous les assurés aient pu « rattraper » dans leur carnet de santé électronique tout leur historique de vaccins.
Le coût des vaccins antigrippaux en question
Dans son rapport, la Cour des comptes s'inquiète également de « l'efficience » de nouveaux vaccins plus coûteux, par rapport aux vaccins déjà existants. « Certains vaccins antigrippaux plus fortement dosés ou avec adjuvants », comme Efluelda de Sanofi et Fluad du laboratoire australien CSL Seqirus, « coûtent ainsi plus du double des vaccins classiques, pour une efficacité supplémentaire jugée au mieux modeste », déplore la Cour.
Selon la Cour, la Haute Autorité de santé (HAS) doit confier à la même commission le soin de définir la stratégie d'utilisation du vaccin, l'évaluation du service médical rendu et l'évaluation de l'impact budgétaire et de l'efficience. La HAS doit aussi renforcer ses moyens pour évaluer les résultats des nouveaux vaccins en vie réelle, une fois qu'ils ont été mis sur le marché et administrés à la population, estime-t-elle.



