Pollution lumineuse : « On peut baisser l’éclairage de 70 % sans perte de confort »
Pollution lumineuse : baisser l'éclairage de 70 % sans perte de confort

Samuel Challéat, chargé de recherche au CNRS en géographie de l’environnement, étudie la pollution lumineuse depuis 2005. Il affirme qu’il est possible de réduire l’intensité de l’éclairage de 70 % sans altérer le confort visuel. Ce spécialiste de l’environnement nocturne, qui travaille à l’Université Toulouse – Jean-Jaurès, alerte sur les effets néfastes de la lumière artificielle sur la santé et la biodiversité, et propose des solutions concrètes pour la Côte d’Azur, une région très fortement touchée par ce phénomène.

Des impacts étendus sur la santé et l’environnement

Les impacts de la pollution lumineuse sont « extrêmement vastes et complexes », selon Samuel Challéat. L’intégralité du vivant est affectée par la lumière artificielle nocturne, y compris l’espèce humaine. Elle perturbe les rythmes circadiens et le cycle veille-sommeil. L’Agence nationale de sécurité sanitaire répertorie plus de 80 effets physiologiques différents sur notre organisme.

Pour l’environnement, l’obscurité est vitale pour de nombreuses espèces animales. Les chauves-souris chassent en début et fin de nuit, et les rapaces nocturnes ont besoin d’une obscurité totale pour chasser. La lumière artificielle perturbe aussi les espèces diurnes, en dégradant la qualité de leur sommeil.

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La Côte d’Azur très touchée, mais des ciels préservés dans l’arrière-pays

La Côte d’Azur et plus largement le quart sud-est de la France sont très fortement touchés par la pollution lumineuse. Ce phénomène est corrélé à la densité de population et à la très forte urbanisation. Cependant, les Alpes-Maritimes bénéficient de la présence immédiate d’un relief montagneux de forte altitude à proximité de la côte. En montant vers les Préalpes d’Azur ou le Mercantour, on peut retrouver des ciels d’excellente qualité.

La situation s’est améliorée de manière incontestable. La France est un pays précurseur dans l’extinction de l’éclairage public au milieu de la nuit. Ce mouvement s’est nettement accéléré lors de la crise énergétique de 2022, consécutive à la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, environ un tiers des communes françaises pratiquent l’extinction, totalement ou partiellement. On observe toutefois de légers retours en arrière lors des alternances municipales, l’extinction pouvant être perçue comme le recul d’un service public de proximité.

Des solutions concrètes : réduire l’intensité et harmoniser les horaires

L’extinction temporelle présente des limites. En éteignant uniquement au milieu de la nuit, on maintient l’éclairage aux moments les plus critiques : le crépuscule et l’aube. Or, la plupart des espèces sont actives à ces moments précis. Samuel Challéat propose donc d’autres solutions.

La réduction des intensités lumineuses est un levier sous-exploité. Certains experts estiment qu’une diminution de 70 % de l’intensité est possible sans altérer le confort visuel. Une autre piste innovante, expérimentée par le chercheur, consiste à concevoir un éclairage dynamique indexé sur les conditions écologiques et météorologiques pour préserver le mode de vie de certaines espèces. Harmoniser les horaires d’extinction entre les communes permettrait aussi de recréer de véritables corridors d’obscurité continus.

La trame noire : un concept à mettre en pratique

Samuel Challéat a forgé le concept de trame noire dans ses travaux de thèse. Cependant, il critique certaines pratiques : les collectivités dépensent parfois des dizaines de milliers d’euros pour des modélisations cartographiques complexes commandées à des bureaux d’études. « Les animaux ne consultent pas les plans locaux d’urbanisme avant de se déplacer », rappelle-t-il. Tracer de superbes corridors sombres est inutile si l’on ne réduit pas concrètement l’éclairage sur le terrain.

Les maires et les techniciens connaissent déjà parfaitement leur territoire : ils savent quels luminaires sont obsolètes, lesquels éclairent vers le ciel ou émettent une lumière blanche inadaptée. Ils n’ont pas besoin d’études coûteuses pour agir. Selon Samuel Challéat, l’action concrète sur le terrain est la priorité pour préserver l’environnement nocturne sur la Côte d’Azur.

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