Le DJ français The Toxic Avenger, de son vrai nom Simon Delacroix, est la cible d'une vague de cyberharcèlement après avoir critiqué l'hommage rendu par Jordan Bardella, président du Rassemblement National, au musicien Kavinsky. Dans une publication sur les réseaux sociaux, The Toxic Avenger a qualifié l'hommage de Bardella de « culture morte et inoffensive », déclenchant une polémique et des attaques en ligne.
Des propos qui déchaînent les passions
Dans son message, The Toxic Avenger a réagi à une vidéo de Jordan Bardella saluant l'œuvre de Kavinsky, notamment son titre « Nightcall », devenu culte grâce au film Drive. Le DJ a estimé que cette récupération politique était emblématique d'une certaine nostalgie, mais aussi d'une forme de dépolitisation de la culture. « Le RN aime une culture morte et inoffensive, déconnectée des réalités sociales », a-t-il écrit, avant d'ajouter que « Kavinsky est un artiste talentueux, mais son œuvre ne doit pas servir de faire-valoir à des idées xénophobes ».
Ces propos ont immédiatement suscité des réactions contrastées. Si certains internautes ont soutenu le DJ, d'autres ont lancé une campagne de harcèlement, allant jusqu'à menacer sa famille et sa carrière. Des insultes, des menaces de mort et des tentatives d'intimidation ont été signalées par l'artiste, qui a décidé de porter plainte.
Une escalade inquiétante
Le cyberharcèlement a pris une ampleur particulière, avec des appels au boycott de ses concerts et la diffusion de fausses informations. The Toxic Avenger a partagé sur ses réseaux sociaux des captures d'écran de messages violents, dénonçant « une machine de haine organisée ». Selon lui, cette offensive est orchestrée par des comptes proches de l'extrême droite, qui n'hésitent pas à utiliser des méthodes intimidantes pour faire taire les voix critiques.
Ce n'est pas la première fois qu'un artiste est pris pour cible après avoir critiqué le Rassemblement National. En 2024, le groupe de rock Shaka Ponk avait également subi des menaces après avoir appelé à faire barrage au RN lors des élections législatives. Cette nouvelle affaire met en lumière la difficulté croissante pour les artistes de s'exprimer librement sur des sujets politiques sans subir de représailles.
Un débat sur la culture et la politique
Au-delà de la polémique, cette affaire relance le débat sur les liens entre culture et politique. Pour The Toxic Avenger, la récupération de Kavinsky par Bardella est symptomatique d'une stratégie de banalisation de l'extrême droite. « Ils veulent se donner une image cool en s'appropriant des symboles culturels, mais cela ne change rien à leur idéologie », a-t-il déclaré dans une interview à nos confrères de France Info.
De son côté, Jordan Bardella a répondu sur X (ex-Twitter) en ironisant : « Encore un artiste qui préfère la haine à la musique. » Une réponse qui a été jugée insuffisante par de nombreux observateurs, qui y voient une manière de minimiser la gravité du harcèlement.
Le milieu musical s'est mobilisé pour soutenir The Toxic Avenger. Plusieurs DJ et producteurs ont exprimé leur solidarité, notamment sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #SoutienàTTA. Une pétition en ligne a également été lancée pour demander aux plateformes de lutter plus efficacement contre le cyberharcèlement.
Les conséquences pour l'artiste
Sur le plan professionnel, cette affaire pourrait avoir des répercussions. Certaines salles de concert ont reçu des pressions pour annuler ses dates, mais pour l'heure, aucune annulation n'a été confirmée. The Toxic Avenger, qui devait se produire dans plusieurs festivals cet été, a indiqué qu'il maintenait ses engagements, malgré les menaces. « Je ne céderai pas à la peur. La musique doit rester un espace de liberté », a-t-il affirmé.
Cette affaire soulève également des questions sur la responsabilité des réseaux sociaux dans la propagation de la haine. Selon une étude récente, les cas de cyberharcèlement ont augmenté de 30% en France en 2025, et les artistes sont particulièrement vulnérables. Les associations de lutte contre les discriminations appellent à une meilleure protection des personnalités publiques.
En attendant, The Toxic Avenger a annoncé qu'il allait reverser une partie des recettes de ses prochains concerts à des associations luttant contre le harcèlement en ligne. Une manière de transformer cette épreuve en acte de résistance.



