Feux de forêt : le colonel Schaller alerte sur leur extension
Feux de forêt : le colonel Schaller alerte sur leur extension

Le colonel honoraire Pierre Schaller, fort de 48 années chez les sapeurs-pompiers, tire la sonnette d'alarme : les incendies de forêt ne sont plus une exception méditerranéenne, ils s'étendent désormais à tout le territoire français. Dans un entretien exclusif, il revient sur les récents feux du Var, de Gironde et de Fontainebleau, et livre une analyse sans détour sur l'évolution de ce risque.

Des feux qui changent de nature

Pour le colonel Schaller, les incendies dans le Var restent dans la « norme varoise », c'est-à-dire puissants et rapides, menaçant rapidement les zones habitées. Cependant, il souligne un point crucial : « L'extension du risque à tout le territoire complique la répartition des moyens de lutte. » En Gironde, il observe la capacité du feu à progresser vite et fort la nuit, hors de tout couloir de vent, comme en 2022.

Le changement climatique a indéniablement modifié le comportement des incendies. Dès 2003, des feux plus rapides et plus puissants étaient constatés, rendant les moyens d'extinction moins efficaces. Les épisodes caniculaires successifs fragilisent la végétation, la rendant plus inflammable et plus propice à la propagation. Le colonel insiste : « À chaque épisode difficile, qui peut intervenir partout et en toute saison, nous avons su faire évoluer nos méthodes, nos matériels et notre formation. Continuons ! »

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Origine humaine et sanctions

La grande majorité des incendies est d'origine humaine, ce qui constitue une « bonne nouvelle » selon le colonel, car on peut agir sur les comportements. Il établit une distinction claire entre le pyromane, relevant d'une pathologie psychique, et l'incendiaire, dont l'acte est délibéré. Les feux volontaires, bien que peu nombreux, sont souvent les plus destructeurs, car ils sont allumés pour créer de lourds dommages.

Concernant les sanctions, le colonel Schaller est critique : « L'arsenal pénal, déjà lourd (la perpétuité), ne suffit ni face à la pathologie ni face à l'intérêt qui motive l'incendiaire. » Il plaide pour donner plus de temps et de moyens aux enquêteurs, et déplore le démantèlement prématuré de la cellule Vulcain en 2003, qui n'avait pas trouvé les auteurs des incendies de l'époque.

Commandement et tactique

Le commandement d'un feu majeur repose sur une équipe légère et réactive, chargée du renseignement et de l'anticipation, une spécificité française. La fonction « aéro » assure l'interface entre moyens aériens et terrestres, et l'analyse météo permanente vise à anticiper les scénarios d'évolution. Selon l'adage : « Le terrain commande ».

Le profil du Var et de la Gironde ne change pas fondamentalement la tactique, mais la monoculture de pins landaise pourrait appeler des mesures d'adaptation. Quant au chêne-liège, le colonel rappelle : « Je ne connais pas un arbre antifeu. »

Débroussaillement et solidarité

Le débroussaillement n'est pas appliqué de façon satisfaisante. Le colonel estime qu'il est inutile de doubler la distance réglementaire si les 50 mètres actuels ne sont pas respectés. Il encourage l'autodéfense des habitants, citant l'exemple des propriétaires de piscine : « C'est l'équivalent de 5 Canadair dans leur jardin avec une motopompe et trois tuyaux. »

Il salue l'élan de solidarité observé sur le terrain avec les maires, agriculteurs et la population, et insiste : « Il n'y aura jamais un camion devant chaque maison. Les gens sont capables de faire des miracles si on les laisse s'entraider. »

Moyens et avenir

La France était l'un des pays les mieux armés face au risque d'incendie, mais les évolutions climatiques, les alternances politiques et l'absence de plan de long terme ont creusé l'écart entre besoins et moyens réels. Le colonel appelle à maintenir une flotte aérienne lourde pour la sécurité civile, dimensionnée pour tout le pays, et à faciliter le recrutement et la formation des sapeurs-pompiers volontaires.

En conclusion, il lance un avertissement : « Imagine-t-on les lois de programmation militaires traitées avec cette désinvolture ? La Grande Muette ne le resterait peut-être pas longtemps… »

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