Dans une tribune publiée dans l'espace « Lignes ouvertes » de Midi Libre le 16 septembre 2026, le syndicaliste Alain Alphon-Layre prend position contre le fatalisme face aux catastrophes climatiques. Il y dénonce « le refus de s'attaquer aux causes » du réchauffement et appelle à une mobilisation citoyenne et politique.
Un été marqué par les catastrophes climatiques
Alain Alphon-Layre rappelle que l'été 2026 a été dominé par les canicules, les incendies, les tempêtes et les intempéries. Il anticipe un automne marqué par des inondations « toujours plus spectaculaires ». Selon lui, cette accumulation de constats entraîne la société dans un « fatalisme sidérant », une acceptation des catastrophes à venir, au point que de plus en plus de jeunes renoncent à avoir des enfants.
Le syndicaliste souligne que les causes du réchauffement sont connues depuis longtemps, citant les rapports du GIEC publiés depuis 1990. Il reconnaît qu'il n'est « pas facile du jour au lendemain de se passer des ressources fossiles (pétrole, gaz, charbon) », mais juge « inconcevable » de continuer à les développer.
Des exemples concrets d'inaction et d'inégalités
La tribune pointe plusieurs contradictions. Alain Alphon-Layre s'interroge sur le fait que Total, qui réalise des milliards de bénéfices, reçoive 50 millions d'euros par an au titre du crédit impôt recherche et construise un oléoduc entre l'Ouganda et la Tanzanie pour transporter du pétrole. Il rappelle que ce projet menace l'accès à l'eau et la sécurité alimentaire de 40 millions de personnes et générera 34 millions de tonnes de CO2 supplémentaires.
Il critique également Amazon, qui construit sa propre centrale électrique au gaz, potentiellement la plus importante source d'émissions de CO2 des États-Unis, et dénonce l'envahissement des autoroutes par des millions de camions alors que les cheminots réclament depuis près de 40 ans des investissements pour le fret ferroviaire.
Le syndicaliste met en avant les inégalités dans la structuration des causes du réchauffement : les États de l'hémisphère nord produisent 92 % des émissions de gaz à effet de serre. Il cite une source Oxfam selon laquelle le milliardaire Bernard Arnault émet autant de CO2 en un peu plus de trois heures qu'un citoyen lambda au cours de toute sa vie.
Des actions possibles et des choix politiques
Alain Alphon-Layre appelle à « refuser la fatalité ». Il propose plusieurs actions concrètes : faire pression pour que le gouvernement français n'attribue plus de crédit impôt à Total, rejoindre la campagne des ONG contre le projet d'oléoduc en Afrique, et réduire ses commandes sur Amazon ou Temu. Il refuse de donner « aucune caution à l'extrême droite », citant Trump aux États-Unis, Milei en Argentine et Kast au Chili, qui exploitent du gaz de schiste et aggravent la situation.
Le syndicaliste estime qu'il est possible de limiter le réchauffement, mais que cela dépend de choix politiques. Il cite l'exemple de la Chine, qui a réduit de 10 % la part du charbon dans sa production d'énergie durant cette décennie et construit le plus grand système d'énergies renouvelables au monde. Il évoque aussi le combat juridique des États indépendants du Pacifique auprès de la cour internationale et de l'ONU pour faire reconnaître la responsabilité juridique des États de l'hémisphère nord en matière climatique, combat qu'ils viennent de gagner.
En conclusion, Alain Alphon-Layre rappelle qu'il y a 90 ans, les mêmes qui affirment aujourd'hui qu'on ne peut pas faire autrement « hurlaient que la France allait à la faillite » après l'accord de 15 jours de congés payés à tous les travailleurs. Il reprend un slogan syndical : « Ne laissons pas les affaires du monde aux mains du monde des affaires ».



