Au deuxième jour du procès du meurtre de Maëva Torres, une jeune mère de 27 ans poignardée à mort le 22 août 2023 à Montpellier, une vidéo de 42 secondes a glacé d'effroi la salle comble de la cour d'assises des mineurs de l'Hérault, ce mercredi 16 septembre. L'image, filmée par un témoin, montre l'agonie de la victime après 17 coups de couteau, et a suscité une vive émotion parmi les jurés et les parties civiles.
Un témoignage bouleversant
À la barre, un homme pleure. Mourad, un ancien policier marocain, a filmé cette séquence terrible le soir du crime, sur le parking de la Paillade, près des archives de Pierres Vives, où il venait de se garer vers minuit et demi. Alors en grande précarité, il voulait dormir dans sa voiture, mais il a remarqué un couple dans un véhicule qui « se met à bouger », avec des cris, et où il a distingué un homme frappant une femme. Celle-ci est descendue, a marché quelques mètres, puis s'est effondrée.
Mourad est sorti, a filmé la voiture, la plaque, puis s'est approché. Derrière, Kevin, tout juste 16 ans, surexcité, hurlait dans un téléphone et l'a apostrophé : « Appelle personne parce que mon père il va arriver il va tous nous niquer ! Aide-moi à démarrer la voiture ! » Mourad a contourné le véhicule et a demandé : « Madame, ça va ? ». Une image fugace de deux secondes montre Maëva gisant sur le dos, le corps entièrement écarlate de son sang qui s'écoule, après les 17 coups de couteau reçus entre le front et le haut du thorax.
Un appel à l'aide ignoré
Kevin, à aucun moment, ne s'est préoccupé de la victime. « Il m'a proposé de l'argent, pour démarrer la voiture et que je n'appelle pas la police. Je suis allé vers la dame, elle était couverte de sang, j'ai vu qu'elle n'était pas morte, elle m'a dit, s'il vous plaît, appelez la police, j'ai quatre enfants », a rapporté Mourad. Ce dernier s'est esquivé pour prévenir les secours, puis est revenu. Me Martin, avocat de la famille de Maëva, lui a rendu hommage : « Vous êtes un homme courageux. On a dans ce prétoire l'exemple du courage et de la lâcheté », Kevin s'étant enfui à toutes jambes avec les trois jeunes filles arrivées peu après sur place.
« On est des êtres humains, on ne peut pas laisser quelqu'un comme ça », a répété Mourad en s'essuyant les yeux. Maëva a été rapidement prise en charge. « Elle a été consciente tout au long des coups et de la prise en charge médicale. Il y a une angoisse de mort évidente », a indiqué la médecin légiste. En fin d'après-midi, son état s'est dégradé brusquement : elle est morte à l'hôpital.
Les trois jeunes filles reparties sans un geste
Les trois filles qui étaient avec Kevin avant son passage à l'acte n'ont pas assisté au crime. Appelées à la rescousse, elles sont arrivées juste après, et reparties aussi vite, sans un geste pour Maëva. Tout juste majeures, elles ont des parcours de délinquance aussi durs que celui de l'adolescent maltraité et délaissé : deux étaient, comme lui, en fugue de leur foyer, poursuivies au pénal pour proxénétisme ou extorsion aggravée.
« Je suis montée dans la voiture, j'ai vu tout ce sang, mes jambes se sont mises à trembler. Je suis sortie, Kevin avait le téléphone de la dame, il le lui a jeté sur la tête, ça a fait un rebond par terre et on a couru », a raconté l'une. « J'espère qu'elle ne se réveillera pas, sinon on est toutes dans la merde », a dit l'autre le lendemain à une copine. Toutes seront jugées plus tard au tribunal pour non-assistance à personne en danger.
Un accusé incapable d'expliquer son geste
« Vous pensez que ce jour-là vous avez bien agi ? » a demandé le président. « Je sais pas », a répondu Kevin. « Quand j'étais petit, je voulais ma mère, et j'ai laissé des enfants orphelins, je le sais. Je suis rentré en prison à 16 ans, maintenant, j'essaie de changer, d'évoluer mais c'est dur », a-t-il lâché, semblant sincère. Ses éducateurs et psychiatres notent une évolution favorable depuis son arrestation, mais le chemin reste ardu. Il est incapable de dire pourquoi il s'en est pris si violemment à Maëva, tout comme il ne peut regarder sa famille. « Là, j'ai envie de pleurer mais ça peut pas sortir. Avant, après, j'ai plus d'émotion », a-t-il confié.
L'un des frères de Maëva s'est levé, bouleversé : « Je ne sais pas la peine qu'il prendra. Quand on voit son manque de conscience, est-ce qu'on peut nous assurer qu'il n'aura pas un nouveau coup de folie ? C'est un mec qui ne comprend pas son acte qui a fait ça, et je doute qu'il sera capable de le comprendre dans dix ans ou vingt ans. » L'ambiance dans la salle est de plus en plus tendue. Le réquisitoire, la défense et le verdict sont attendus ce jeudi 17 septembre.



