Grotte Saint-Marcel : dater les peintures préhistoriques
Grotte Saint-Marcel : dater les peintures préhistoriques

Des prospections menées en 2022 dans la galerie de l'entrée naturelle de la grotte Saint-Marcel, en contrebas de la route touristique, ont révélé douze unités d'ocre sur les parois. Pour l'équipe scientifique, c'est “une vraie surprise”, confie Delphine Dupuy, directrice du pôle scientifique de la grotte. Ces traces ont survécu aux crues de l'Ardèche et à la présence de chauves-souris, autant d'éléments qui “attaquent le calcaire”, renchérit Julien Monney. “On a donc beaucoup de chance d'avoir ces traces.”

Depuis, les campagnes de fouilles se multiplient. À genoux, le sol éclairé par sa frontale, Julien Monney prélève des éléments repérés par des épingles de couleur. Le vert correspond à des ossements de faune, comme les chauves-souris, le noir à des morceaux de charbon. L'archéologue travaille avec une petite équipe de bénévoles sur ce réseau souterrain de 60 kilomètres, situé au cœur des gorges de l'Ardèche.

Dater l'ocre grâce au charbon et à la calcite

L'enjeu est de déterminer l'âge de ces peintures. Or, l'ocre “ne se date pas”, explique le spécialiste de l'art pariétal. “On espère trouver au sol, par niveau archéologique, des associations de pigments utilisés pour colorer les parois et du charbon utilisé pour s'éclairer. Eux pourront être datés.”

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Pour ce faire, trois sondages ont été pratiqués à des endroits stratégiques de la galerie. Un dépôt de calcite qui recouvre une ancienne peinture sera aussi daté. “On ne datera pas l'art en lui-même mais son recouvrement, ce qui nous donnera une idée de l'âge qu'il a au moins”, précise Julien Monney.

Cinq bénévoles mobilisés quinze jours

Première du genre, la grotte Saint-Marcel a lancé un appel aux fouilleurs bénévoles via le ministère de la Culture. “Nous avons eu beaucoup de retours parce que c'est une fouille en grotte ornée, ce qui est plutôt rare”, souligne Delphine Dupuy. Cinq bénévoles ont travaillé pendant quinze jours sous la responsabilité de Julien Monney.

Parmi eux, Jérémy, 33 ans, titulaire d'un master en sciences historiques, travaille dans une administration parisienne. “Je fouille depuis dix ans un peu partout en France et à l'étranger. Je fais ça pendant mes vacances. Je trouve ça très stimulant intellectuellement. C'est aussi l'occasion de voir de nouveaux lieux et de rencontrer de nouvelles personnes”, témoigne-t-il. Il a choisi ce site car il n'avait “jamais fouillé en préhistoire ni même en grotte”. Dans ces conditions, il faut être “extrêmement méticuleux” : “On ne peut pas passer un coup de pinceau comme c'est de l'argile, sinon tous les sédiments vont finir écrasés.” En septembre, il rejoindra un autre chantier bénévole près d'Avignon, cette fois sur une période gallo-romaine.

Un site longtemps délaissé

La grotte Saint-Marcel fait l'objet d'un programme archéologique depuis 2022. Auparavant, des fouilles avaient été menées dans les années 1970 par un amateur, René Gilles. “Il avait mis à jour, sous le porche de l'entrée naturelle, un site néandertalien. À l'intérieur de la grotte, à 20 mètres de l'entrée, il était tombé sur des éléments plus récents (un foyer, du charbon de bois…)”, rapporte Delphine Dupuy.

Puis l'intérêt s'est émoussé. “Il y a eu un désintérêt pour l'archéologie du site. On disait qu'il était dévasté. Pendant les visites touristiques, même les guides ne parlaient que très peu de cet aspect archéologique”, ajoute-t-elle. Les choses ont changé grâce à des spéléologues qui ont fait de nouvelles découvertes : silex néandertaliens, os de hyènes, empreinte de pied d'enfant, crâne d'ours des cavernes. De quoi monter un dossier pour lancer des investigations scientifiques.

Questions ouvertes et analyses à venir

Depuis quatre ans, les fouilles entendent apporter des éléments de réponse à plusieurs interrogations : “Est-ce que les humains sont rentrés dans le réseau profond ? Jusqu'où sont-ils allés ? Qui étaient-ils ? Et qu'est-ce qu'ils y faisaient ?”, énumère Delphine Dupuy. Une quinzaine de spécialistes interviennent par ailleurs pour étudier l'ornementation, les ossements, les traces de grands feux ou les traces charbonneuses.

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En août, des experts viendront étudier le “contexte géomorphologique” de l'endroit où un squelette humain a été retrouvé, afin de déterminer s'il s'agit d'un accident de spéléologie ou d'une sépulture. Dans quelques mois, une écaille prélevée sur une des parois colorées par un grand feu, partie en laboratoire, pourrait révéler son âge. Comme le résume Delphine Dupuy : “Il reste encore beaucoup de choses à découvrir.”