Adam Coleman, le pilier tongien-australien de l'UBB, livre ses secrets avant le choc européen
À la veille du quart de finale de la Champions Cup face au Stade Toulousain ce dimanche (16 heures), Adam Coleman, le deuxième ligne international tongien et australien de l'Union Bordeaux-Bègles, s'est ouvert au journal Sud Ouest. Avec son imposant gabarit de 2,07 mètres pour 122 kilogrammes, l'homme fort du pack bordelais aborde sans détour les défis physiques de son poste à 34 ans.
Un corps entretenu avec une rigueur extrême
« Franchement, je me sens bien pour le moment », confie-t-il avec un rire, avant d'ajouter : « Je prends vraiment beaucoup de plaisir cette année. Ça demande énormément de travail en coulisses, des heures interminables à la salle de musculation, y compris le dimanche, pour que mon corps soit parfaitement prêt à l'approche des matchs. » Malgré des blessures récurrentes ces deux dernières saisons, Coleman refuse de voir son corps comme un messager d'alerte. « Non, je ne pense pas. Tu dois toujours apprendre des choses sur ton propre corps », explique-t-il, soulignant l'importance de l'adaptation avec l'âge. « Tous les kinésithérapeutes et tous les entraîneurs savent désormais ce qui est bon pour moi. Le corps évolue au fil des saisons, il n'encaisse plus les chocs de la même manière. Tu dois ajuster ta charge d'entraînement. Tu ne peux pas être le plus vieux de l'effectif et réaliser toutes les séances à haute intensité. L'essentiel, c'est de trouver l'équilibre parfait. »
La douleur, une compagne de jeu quotidienne
Les stigmates du rugby, comme un œil au beurre noir spectaculaire après le match à Bristol, font partie du quotidien. « Oui, ça fait partie du job », lance-t-il, amusé. « J'aime profondément l'aspect physique du jeu. Ma femme me demande toujours pourquoi je rentre encore à la maison avec un œil au beurre noir. Je lui réponds simplement : Oh, chérie, tu sais bien que c'est mon travail. » Ces marques suscitent parfois des interrogations, comme lors d'une visite chez le médecin avec sa fille. « Le médecin nous a regardés d'un air bizarre et a demandé si nous venions d'avoir un accident de voiture. Je lui ai dit : Non, elle, elle est tombée à l'école. Et moi, je suis rugbyman. »
Son rapport à la douleur est clair : « Pendant le match, tu ne sens absolument rien. Tu es totalement porté par l'adrénaline, concentré sur ton rôle et les tâches à accomplir. Tout arrive si rapidement que tu n'as pas le temps de penser à tes blessures. En revanche, le lendemain matin, là, oui, c'est l'accident de voiture. » La récupération varie : « En général, il faut bien deux ou trois jours pour récupérer complètement. Mais chaque match est unique, aucun ne laisse les mêmes traces. »
Une philosophie de jeu basée sur l'action et non l'intimidation
Contrairement à ce que son physique imposant pourrait laisser croire, Coleman ne cherche pas à intimider. « Ah non ! Ce n'est vraiment pas dans mes habitudes. Moi, mon truc, c'est le plaquage. Je préfère me montrer par mes actions plutôt que de parler. » Il précise : « La première action est toujours cruciale, que ce soit ta course, tes intentions ou la pression sur le 9. Mais pour le premier plaquage, je ne vais pas forcément l'appuyer plus qu'un autre. J'essaie d'être consistant sur l'ensemble du match. Et j'ose espérer que tous mes plaquages sont durs. » La beauté du rugby réside dans cette incertitude : « Certains matchs vont m'amener à faire 20 plaquages, d'autres seulement six. Tu ne sais jamais ce qui va arriver, si le jeu sera rapide ou lent. Tu dois juste t'adapter. »
Le mental, un pilier essentiel de la performance
Sur le plan psychologique, Coleman a évolué. « J'essaie de me détacher de toute émotion dans mon jeu. Quand j'étais plus jeune, si je commençais bien, je jouais bien. Mais si je commençais mal, je jouais mal tout du long. » Aujourd'hui, il affirme : « J'aime penser que mes adversaires ne peuvent pas me faire sortir d'un match. Peut-être que j'avais moins la tête froide autrefois. Mais maintenant, on peut me regarder droit dans les yeux après une action, je garde mon calme et je dis juste : OK, rendez-vous à l'action suivante. »
Le choc face à Toulouse et la croissance du pack de l'UBB
Les confrontations avec Toulouse sont particulières. « Ils sont tout le temps spéciaux. Sur le dernier match en Top 14, il y a eu 46 minutes de temps de jeu effectif. C'était juste incroyable ! L'intensité, la conquête, la défense sont vraiment des secteurs clés. » Concernant le pack de l'UBB, il observe une progression : « Oui, clairement. Ça se voit au niveau de la mentalité des gars. Mais tout ça ne veut pas dire grand-chose si nous ne gagnons pas dimanche. »
Il entretient des relations de respect et de rivalité avec les deuxième ligne toulousains, notamment Emmanuel Meafou. « Meafou, je l'ai rencontré chez les jeunes de Melbourne quand j'étais capitaine des Rebels. Il était vraiment très jeune à l'époque. Il a énormément appris et progressé depuis qu'il est à Toulouse. »
La motivation familiale et la soif de titres
Le titre de Champions Cup remporté à Cardiff en 2025 a marqué un tournant. « J'ai gardé mon maillot trois jours ! Bon, je m'étais quand même douché entre-temps », plaisante-t-il. Ce premier titre majeur de sa carrière a accru son appétit : « Absolument. Quand tu en as décroché un, tu en veux plus. Le sentiment que j'ai ressenti était juste incroyable. Ce sont des souvenirs que je garderai gravés en moi pour le reste de ma vie. »
Sa motivation puise ses racines dans l'héritage familial. « J'ai perdu mon frère l'an dernier, ça m'a fait vraiment réaliser ce que j'étais en train de faire. J'ai toujours le nom de ma mère sur mon poignet gauche, celui de mon frère sur le poignet droit. Ils m'accompagnent sur chaque match. Si tu ne comprends pas pourquoi tu joues au rugby, tu ne peux rien faire. » La famille reste une priorité : « J'ai de jeunes enfants aujourd'hui. Les voir courir sur le terrain après chaque match, c'est vraiment quelque chose de spécial. Ce sont des souvenirs qui resteront pour toujours. »
Fiche d'identité d'Adam Coleman
- Né le : 7 octobre 1991 (34 ans) à Hobart, Australie
- Nationalité : Australienne
- Mensurations : 2,07 m, 122 kg
- Poste : Deuxième ligne
- Clubs successifs : UBB (depuis 2023), London Irish (2019-2023), Melbourne Rebels (2018-2019), Western Force (2014-2018), Parramatta (2013), Waratahs (2013)
- International : 5 sélections avec les Tonga (depuis 2023), 38 sélections avec l'Australie (2016-2019)
- Palmarès : Champions d'Europe avec l'UBB (2025)



