Donald Trump a surpris les marchés financiers, dimanche 3 août, en affirmant que les États-Unis étaient intervenus sur le marché des changes pour soutenir le yen, une décision qu'il a présentée comme un geste d'« amitié » envers le Japon. Selon le compte rendu publié par Le Monde, cette annonce a entraîné une baisse immédiate du dollar face à la devise japonaise.
Une intervention américaine inédite
Cette action de Washington en faveur du yen est perçue comme une première depuis des décennies. Alors que le Japon procède régulièrement à des interventions unilatérales pour endiguer la chute de sa monnaie, il est rare que les États-Unis participent directement à de telles opérations. La décision de Donald Trump marque un tournant dans la politique monétaire de son administration, qui s'était jusqu'alors montrée hostile à toute forme de manipulation des changes.
Le yen a longtemps souffert de l'écart de taux d'intérêt entre la Réserve fédérale américaine, qui lutte contre l'inflation, et la Banque du Japon, toujours engagée dans une politique monétaire ultra-accommodante. La devise nippone a ainsi plongé à des plus bas historiques, franchissant le seuil des 160 yens pour un dollar en juillet, un niveau plus atteint depuis près de quarante ans.
Une volonté de préserver l'alliance nippo-américaine
En justifiant cette intervention par l'« amitié » entre les deux pays, Donald Trump envoie un signal clair au Japon, partenaire stratégique des États-Unis en Asie. Cette décision intervient dans un contexte de tensions commerciales et de négociations économiques entre Tokyo et Washington. Elle pourrait également être interprétée comme une tentative de désamorcer les critiques japonaises sur la politique monétaire américaine, accusée de contribuer à la faiblesse du yen.
Selon des experts cités par Le Monde, cette opération pourrait aussi viser la Chine. En agissant sur le yen, les États-Unis chercheraient à montrer leur détermination à lutter contre les déséquilibres monétaires mondiaux, alors que les échanges avec Pékin restent marqués par des différends commerciaux.
Des marchés en émoi
Dans les heures qui ont suivi l'annonce, le yen a bondi de plus de 2 % face au dollar, passant sous la barre des 155 yens. Les opérateurs de marché, pris au dépourvu, ont dû revoir leurs positions. La volatilité s'est accentuée sur les autres devises, notamment le yuan chinois et l'euro. Pour de nombreux cambistes, cette décision pourrait annoncer un changement de paradigme dans la gestion des taux de change.
Toutefois, des analystes relativisent la portée de cette intervention. Sans réformes économiques profondes au Japon, le yen pourrait rapidement retomber. « Les interventions de ce type ne corrigent que temporairement les tendances lourdes », souligne un économiste strasbourgeois dans les colonnes du Monde. La Banque du Japon, de son côté, conserve la possibilité d'ajuster sa politique monétaire pour soutenir sa devise.
Quelles suites ?
Le gouvernement japonais a accueilli favorablement cette décision, même s'il a rappelé que la gestion du yen relevait d'abord des autorités monétaires nippones. Aucune information officielle n'a filtré sur le montant précis des interventions, ni sur leur durée. Les marchés guettent désormais les déclarations de la Maison Blanche et du Trésor américain pour évaluer la crédibilité de cet engagement.
En attendant, la démonstration de force américaine a redonné un peu de souffle à l'économie japonaise, pénalisée par la hausse du coût de ses importations d'énergie et de matières premières. Le dollar s'échangeait autour de 154,5 yens en fin de journée, en recul de 1,8 % par rapport à la veille. Un répit qui pourrait être de courte durée, selon plusieurs conjoncturistes.
Cette affaire illustre en tout cas le rôle prépondérant joué par les États-Unis dans l'économie mondiale et leur capacité à infléchir le cours des changes, au gré de leurs intérêts politiques et diplomatiques. Elle pose également la question de la coordination internationale face à des marchés des changes de plus en plus volatils.



