Une frappe de drone a tué au moins 35 personnes dimanche dans l’État du Darfour du Nord, au Soudan, a indiqué le groupe indépendant de défense des droits humains Emergency Lawyers. L’organisation accuse l’armée régulière soudanaise d’avoir mené l’attaque contre un tribunal coutumier du village de Garra al-Zawaya.
Un tribunal coutumier pris pour cible
Selon Emergency Lawyers, qui documente le conflit entre l’armée et les paramilitaires depuis le déclenchement de la guerre en 2023, la frappe a eu lieu à la mi-journée. Des civils "s’étaient réunis pour assister à des audiences portant sur un certain nombre d’affaires et de litiges locaux", rapporte l’ONG. Le bâtiment du tribunal, institution traditionnelle servant à régler les différends locaux et tribaux, a également été endommagé.
Dans les zones rurales du Darfour, ces tribunaux coutumiers constituent souvent le seul recours pour les litiges fonciers, familiaux ou commerciaux. Ils sont dirigés par des notables et des chefs tribaux, dont la légitimité repose sur des siècles de pratiques. Leur destruction prive les communautés d’un service essentiel, accentuant encore la fragilité d’institutions locales déjà mises à rude épreuve par des années de conflits et de déplacements. Les habitants, qui n’ont ni les moyens ni la possibilité de saisir la justice officielle, se retrouvent totalement démunis.
Une guerre dévastatrice depuis avril 2023
Le conflit qui oppose l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR) a éclaté en avril 2023. Les combats ont fait des dizaines de milliers de morts, provoqué le déplacement de millions de personnes et déclenché ce que les Nations unies décrivent comme la plus grave crise de la faim au monde. Les deux camps se battent sans relâche pour le contrôle des villes stratégiques, des routes et des ressources, faisant fi des appels internationaux à la désescalade.
La guerre a de fait scindé le Soudan en deux zones distinctes : l’armée contrôle le nord, l’est et le centre du pays, tandis que les FSR ont consolidé leur emprise sur le Darfour, à l’ouest, et sur certaines parties du sud. Cette partition territoriale entrave considérablement l’accès humanitaire et pousse les Soudanais à fuir en masse vers les pays voisins. Les familles sont séparées, et les conditions de vie se détériorent de jour en jour, tant dans les villes que dans les campagnes.
L’ONU alerte sur la famine
Les Nations unies décrivent la situation comme la plus grave crise de la faim au monde. Les combats autour des infrastructures agricoles, la destruction des récoltes et le blocus de certaines régions ont profondément aggravé l’insécurité alimentaire. Des millions de personnes dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire pour survivre, mais les convois sont régulièrement bloqués ou pillés.
Les organisations humanitaires alertent sur le risque d’une famine généralisée dans les prochains mois. Les enfants sont les premières victimes de la malnutrition, qui atteint des niveaux record dans plusieurs régions. La saison des pluies a en outre rendu de nombreuses routes impraticables, compliquant encore le travail des secours. Un cessez-le-feu immédiat est indispensable pour permettre l’acheminement des vivres et éviter une catastrophe sanitaire de grande ampleur.
Des drones de plus en plus meurtriers
L’utilisation de drones est devenue une caractéristique de plus en plus marquante du conflit ces derniers mois. Selon les Nations unies, plus de 1 000 civils ont été tués dans de telles frappes au cours des cinq premiers mois de l’année. Ces appareils, employés par les deux camps, frappent souvent des zones densément peuplées, transformant les marchés, les écoles et les lieux de rassemblement en véritables pièges mortels.
Les récentes attaques ont visé des infrastructures civiles, causant des pertes massives et semant la terreur parmi la population. Les défenseurs des droits humains dénoncent des violations du droit international humanitaire et appellent à des enquêtes indépendantes. Le drame de Garra al-Zawaya s’ajoute à cette longue liste de tragédies, où les civils paient le plus lourd tribut. Chaque frappe supplémentaire éloigne un peu plus la perspective d’une paix juste et durable, dans un pays déjà meurtri par trop de violences.



