La croissance exponentielle des lycées français à l'étranger, portée par des groupes privés, suscite des inquiétudes croissantes quant à une possible dérégulation du système éducatif. Selon un rapport de l'Inspection générale de l'Éducation nationale publié en juin 2026, le nombre d'établissements homologués a augmenté de 15 % en cinq ans, passant de 504 à 580 lycées répartis dans 135 pays. Cette expansion est largement tirée par des opérateurs privés, qui représentent désormais 60 % des nouvelles ouvertures, contre 40 % en 2020.
Une offre privée en plein essor
Parmi ces groupes, on retrouve des acteurs comme la Mission laïque française (MLF), le réseau Odyssée, ou encore des fonds d'investissement internationaux. Les frais de scolarité dans ces établissements peuvent atteindre 25 000 euros par an, notamment dans des pays comme les Émirats arabes unis ou la Chine. 'Nous répondons à une demande forte de familles expatriées et locales', justifie Marc Dupuis, président de la Fédération des associations de parents d'élèves des lycées français à l'étranger. Cependant, cette évolution alarme les syndicats enseignants. 'On assiste à une marchandisation de l'enseignement français à l'étranger', déplore Jean-Pierre Lefèvre, secrétaire général du Syndicat des enseignants du supérieur. Selon lui, cette tendance risque de créer un système à deux vitesses, où seuls les élèves les plus aisés peuvent accéder à une éducation de qualité.
Un contrôle insuffisant
Le rapport pointe également un manque de moyens pour contrôler ces établissements. L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) ne dispose que de 30 inspecteurs pour suivre 580 lycées, soit un ratio d'un inspecteur pour près de 20 écoles. 'C'est insuffisant pour garantir le respect des programmes et des valeurs de la République', souligne le rapport. Les auteurs recommandent de renforcer les critères d'homologation et d'augmenter les inspections. Actuellement, seuls 15 % des établissements privés sont inspectés chaque année, contre 30 % des publics. Le coût d'une inspection est estimé à 5 000 euros, ce qui limite les capacités de l'agence.
Des enjeux diplomatiques et éducatifs
Au-delà de la qualité pédagogique, l'expansion des lycées privés pose des questions diplomatiques. 'Ces écoles sont des vitrines de la France à l'étranger. Leur réputation impacte directement notre image et notre influence', explique Marie Durand, chercheuse à l'Institut français des relations internationales. Elle ajoute que 'si la qualité baisse, c'est l'ensemble du réseau qui en pâtit'. Le gouvernement envisage de nouvelles régulations, mais les groupes privés opposent la nécessité de répondre à une demande croissante. Selon un rapport de la Banque mondiale, le nombre d'élèves dans les lycées français à l'étranger pourrait passer de 390 000 aujourd'hui à 500 000 d'ici 2030. Cette croissance est particulièrement forte au Moyen-Orient et en Afrique.
Des solutions en débat
Plusieurs pistes sont explorées pour encadrer cette expansion. Le ministère des Affaires étrangères propose de conditionner l'homologation à des engagements financiers et pédagogiques stricts, notamment en matière de mixité sociale et de non-discrimination. De leur côté, les groupes privés plaident pour une plus grande flexibilité. 'Nous avons besoin de liberté pour nous adapter aux marchés locaux', estime une porte-parole du réseau Odyssée. La question reste en suspens, avec un projet de loi prévu pour l'automne 2026.



