Le tribunal correctionnel de Nice a condamné, le 26 septembre 2026, le chef de chantier Sylvain Torlasco à trois ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis, et à 10 000 euros d'amende pour l'ensemble des chefs d'inculpation, dont l'homicide involontaire et la non-assistance à personne en danger. Le propriétaire des murs, coprévenu, a écopé d'un an de prison avec sursis et de 3 000 euros d'amende pour non-assistance à personne en danger. Les faits remontent au 15 novembre 2018, lorsqu'un ouvrier roumain, travaillant clandestinement sur un chantier de restaurant dans le Vieux-Nice, a été tué par l'effondrement d'un pilier en béton de plusieurs tonnes.
Un chantier qui tourne au drame en quelques minutes
Le chantier avait débuté trois jours plus tôt, rue Droite, dans le Vieux-Nice. L'ampleur des travaux était considérable : au-delà de l'électricité, de la plomberie et de l'aménagement, le sol de la cuisine devait être abaissé et une fosse creusée pour recevoir un bac dégraisseur. À 14 h 59, le drame survient. Trois personnes sont à l'intérieur. L'un des deux ouvriers d'origine roumaine, chargés de débarrasser les gravats, reçoit un pilier en béton de plusieurs tonnes, alors qu'un autre utilise un marteau-piqueur à quelques mètres de lui.
La victime est extraite, mais la suite de la prise en charge est au cœur des débats. Le propriétaire des murs, « paniqué », dit-il, appelle immédiatement le chef de chantier, Sylvain Torlasco. Une vingtaine de minutes plus tard, celui-ci arrive, suivi de près par le soi-disant employeur des deux Roumains, à qui une partie de la maçonnerie était sous-traitée. Il s'avérera qu'aucune société n'était en réalité immatriculée en France. Près de trente minutes après l'accident, alors que l'homme agonise, personne n'a appelé les secours. Il est finalement chargé dans un véhicule à 15 h 30 et arrivera à l'hôpital Pasteur après 16 heures, mort.
Un pilier qui ne reposait sur rien
L'autopsie a révélé une mort par asphyxie due, notamment, à un enfoncement de la cage thoracique. « On ne lui a laissé aucune chance à ce Monsieur », a constaté la présidente du tribunal, Isabelle Demarbaix-Joando. Le bâti du Vieux-Nice, fragilisé par des siècles de remaniement, exige une extrême prudence lors de travaux. Sylvain Torlasco, qui revendiquait au moins 30 ans d'expérience dans le bâtiment, a déclaré à la barre : « Le Vieux-Nice est un château de cartes ».
L'expert mandaté dans ce dossier a estimé que plusieurs règles préalables de sécurité n'avaient pas été respectées. Il aurait fallu, selon lui, s'interroger sur la nature des sols, leur structure et l'existence ou non de fondations. En l'occurrence, « ce pilier ne reposait sur rien », a reconnu le chef de chantier, poursuivi pour homicide involontaire, non-assistance à personne en danger, exécution d'un travail dissimulé et recours aux services d'une personne exerçant un travail dissimulé.
Des réquisitions fermes du parquet
La procureure Coralie El Bekkai a estimé que ce dossier relevait d'une organisation particulièrement défaillante. « Généralement, je suis assez modérée dans mes réquisitions, parce que je me dis que dans les dossiers d'homicide involontaire c'est la faute à pas de chance », a-t-elle déclaré, avant de dénoncer des entrepreneurs qui, selon elle, ne respectent pas les règles et créent une concurrence déloyale vis-à-vis des entreprises qui les appliquent. « C'est de la mise en danger délibérée d'autrui… pour faire du fric », a-t-elle blâmé. Elle a également pointé la succession de sociétés placées en liquidation judiciaire par le chef de chantier : trois l'ont été, tandis qu'une quatrième serait encore en cours de liquidation.
Le responsable du chantier s'était affairé à poser des étais pour sécuriser les lieux et éviter un suraccident. « S'il n'avait pas sécurisé les lieux, on lui aurait dit : mais vous êtes fou, il y avait assez de monde pour la victime, il fallait sécuriser », a plaidé son conseil, Me Olivier Arnaubec. Le coprévenu, propriétaire des murs, représenté par le bâtonnier Adrien Verrier, a été relaxé pour le recours au travail dissimulé qui lui était reproché, le tribunal considérant notamment qu'il n'était pas le maître d'ouvrage. Un arrêté de péril a été pris dans la foulée de l'accident, l'immeuble de la rue Droite a été évacué et ses occupants n'ont pu réintégrer les lieux que six mois plus tard. L'homme d'origine russe, non valablement saisi par le tribunal, devra être jugé ultérieurement lors d'une nouvelle audience.