Le professeur Henri Joyeux, originaire de Montpellier, a été condamné ce jeudi 1er octobre par le tribunal correctionnel de Paris à un an de prison avec sursis et 100 000 euros d'amende. Il était accusé d'avoir administré des patchs censés ralentir les effets d'Alzheimer et de Parkinson à près de 400 patients, hors de tout cadre légal.
Une décision attendue dans le procès des essais illégaux
Cette décision intervient dans le cadre d'un procès impliquant également le professeur Jean-Bernard Fourtillan, reconnu coupable de recherche interventionnelle impliquant une personne humaine sans autorisations officielles, d'exercice illégal de la profession de médecin et de pharmacien, ainsi que d'escroquerie et d'abus de confiance pour les tests de ses patchs.
Le tribunal a également reconnu Jean-Bernard Fourtillan coupable d'avoir détourné pour son profit personnel près de 130 000 des 700 000 euros de dons versés à son "fonds Josefa", en se les remettant personnellement et en investissant dans l'or de façon dissimulée. Absent lors de l'audience, il a été condamné à quatre ans de prison, et un mandat d'arrêt a été émis contre lui. Il lui est désormais interdit d'exercer une activité dans le domaine de la santé et de la pharmacie, et il devra d'importants dédommagements aux parties civiles.
Des essais organisés à l'abbaye Saint-Croix de Saint-Benoît
Jean-Bernard Fourtillan affirmait avoir découvert une hormone sécrétée par la glande pinéale du cerveau, la valentonine, et prétendait pouvoir l'utiliser dans le traitement de maladies neurodégénératives en l'associant à une autre hormone, la 6-méthoxy-harmalan (6-MH). Un procédé rejeté par les autorités médicales.
Pour tester sa "découverte", le professeur Fourtillan et sa femme ont organisé, par contingents d'une trentaine de personnes, la venue de cobayes volontaires à l'abbaye Saint-Croix de Saint-Benoît (Vienne), en périphérie de Poitiers, où les religieuses accueillent habituellement des groupes en retraite. Les patchs transdermiques litigieux ont été testés sur près de 400 personnes, des malades et des personnes saines, à l'occasion de 19 sessions nocturnes organisées entre mai 2018 et août 2019.
"Jean-Bernard Fourtillan a cherché à faire accroire que des patchs qualifiés de miraculeux pourraient guérir des personnes atteintes de maladies neurodégénératives, qui n'avaient à leur disposition que des traitements symptomatiques. Pour faire croire à son discours, il a mis en place des essais cliniques sauvages", a expliqué le juge David Mayel en rendant le délibéré.
Henri Joyeux, un "bras droit" contestant sa complicité
Henri Joyeux, considéré comme le "bras droit" de Jean-Bernard Fourtillan, habite aujourd'hui à Formiguères, dans les Pyrénées-Orientales. Interrogé par Midi Libre en juin dernier, il avait confirmé avoir lui-même "participé à l'essai (et) même contribué à le faire connaître et à recruter des malades", avant de se raviser deux jours plus tard, signalant que le recrutement des malades était "le fait exclusif du professeur Fourtillan".
"La justice me considère comme complice, mais il faut pour cela avoir conscience que vous participez à quelque chose d'illégal. Je ne suis pas complice", avait-il assuré. "Je ne savais pas que l'essai était illégal… enfin, c'est ce que le tribunal devra déterminer."
Marianne Fourtillan, compagne de Jean-Bernard Fourtillan et "cheville ouvrière de l'organisation de ces essais", a quant à elle été condamnée à deux ans de prison dont un avec sursis. Le tribunal a relevé que la recherche de dons a constitué une "préoccupation constante" du professeur tout au long de son projet, notamment vis-à-vis des personnes souffrant de maladies neurodégénératives, que leur condition rendait particulièrement vulnérables.