Nice : l'association ALC accusée de management brutal, un audit le confirme
Nice : l'association ALC accusée de management brutal

L'association ALC (Agir pour le lien social et la citoyenneté), basée à Nice et financée par de l'argent public, est au cœur d'une vive polémique. Des éducateurs spécialisés, travailleurs sociaux et professionnels de l'enfance en danger, actuels ou anciens salariés du service « L'Envol », dénoncent un management brutal et une souffrance au travail. Un audit indépendant commandé par le Comité social et économique (CSE) confirme ces accusations, évoquant « un management inadapté et anxiogène ».

Un service en crise : arrêts maladie, démissions et licenciements

Le service « L'Envol », chapeauté par le pôle enfance et adolescence d'ALC, accueille des mineurs placés par le juge des enfants dans le cadre de l'Aide sociale à l'enfance. Il comprend une maison d'enfance à caractère social (MECS) de dix places pour des jeunes de 12 à 18 ans, et vingt-cinq places en appartements pour des jeunes de 16 à 21 ans. Selon les témoignages recueillis par Nice-Matin, l'ambiance s'est dégradée depuis l'arrivée d'une nouvelle responsable du pôle en mars 2023.

Une douzaine de salariés, s'exprimant sous couvert d'anonymat, décrivent une situation critique. « Sur un effectif de 22 personnes, on a six arrêts maladie, quatre démissions, deux licenciements et un changement de service depuis novembre 2025 », compte l'un d'eux. Une autre ajoute : « Et il ne reste qu'un veilleur de nuit sur les cinq… ». Un troisième renchérit : « ALC a recours à l'intérim mais, en fin de contrat, les gens partent ou ne sont pas renouvelés. Les convocations par la direction sont monnaie courante et les gens, même les plus motivés, en sortent cassés. Il y a des trous partout… »

Des jeunes en souffrance, des « événements indésirables graves » en hausse

Cynthia, éducatrice démissionnaire qui a rapidement retrouvé un emploi ailleurs, est la seule à témoigner à visage découvert. Elle s'inquiète pour les jeunes : « Ce sont des gamins qui ont des parcours de vie cabossés avec plein de ruptures. Perdre leurs éducateurs, c'est une rupture de plus. On était leurs repères, alors forcément ces jeunes, qui ont d'immenses fragilités, perdent parfois pied… » Une jeune fille du foyer confie : « J'ai vu les éducatrices craquer, la direction les a fait craquer… C'étaient mes confidentes, on avait de gros liens, ce sont elles qui étaient là, le soir, quand j'étais en PLS dans ma chambre. Elles étaient toujours là… On n'a plus aucune prise en charge, on se sent abandonnés. »

La colère monte chez les jeunes, et les « événements indésirables graves » se multiplient. Cynthia décrit des mesures sécuritaires : « Elles veulent tout contrôler, ont modifié les plannings, les équipes qui fonctionnaient. Elles ont installé des caméras partout ou presque, ont ordonné aux veilleurs de nuit de fouiller les gamins quand ils rentrent le soir… Les jeunes se sont sentis en prison, ont craqué, certains ont jeté du mobilier par les fenêtres… Alors elles ont installé des verrous sur les fenêtres. Je vous laisse imaginer cet été où nous avons eu une panne de clim' en pleine canicule. Elles ont refusé qu'on leur achète des ventilateurs. »

Un audit interne de 172 pages et une enquête paritaire

En octobre 2024, à la demande du CSE, une expertise pour « risques graves » a été diligentée. L'audit de 172 pages, mené par un cabinet indépendant auprès d'une quarantaine de salariés, conclut à un « management inadapté et anxiogène », avec des méthodes « affectant gravement la santé des salariés, leur engagement et le sens du travail. Pour les salariés, cela se traduit par du stress, de l'épuisement, et des risques accrus de burn-out. Pour les bénéficiaires, cela altère la qualité des prises en charge. »

Au printemps, une deuxième alerte a été lancée par le CSE, donnant lieu à une enquête mixte paritaire, dont les conclusions ont été rendues le 13 mai 2026. Si l'investigation ne désigne pas « de responsables individuels » et « ne met pas en évidence une cause unique mais un faisceau de facteurs », elle « appelle des réponses concrètes sur le cadre de travail, la sécurité, les plannings, l'organisation, l'appui aux équipes, etc. »

La direction d'ALC, contactée par Nice-Matin, n'a pas répondu. La responsable du PEA a invoqué son « devoir de réserve », et la directrice générale n'a pas donné suite. Les salariés, eux, attendent des mesures concrètes pour remédier à cette situation qui, selon eux, met en danger les jeunes et les équipes.