L'inactivité, un fléau aux conséquences dramatiques
Notre corps n'est pas conçu pour rester immobile. Pourtant, la sédentarité tue chaque année 50 000 Français et pèse lourdement sur la société, avec un coût estimé à 140 milliards d'euros. À l'occasion des Assises du muscle, l'Institut de myologie et l'AFM Téléthon tirent la sonnette d'alarme et rappellent l'importance cruciale de l'activité physique à tous les âges.
Le corps humain compte 600 muscles, représentant 40 % de la masse corporelle. Pourtant, cet organe essentiel reste méconnu. Fabrice Chrétien, chef du service de neuropathie à l'hôpital Sainte-Anne et directeur de la stratégie scientifique de l'Institut de myologie, souligne : "Le muscle est l'organe de tous les superlatifs. Il joue un rôle clé à chaque étape de la vie, de la période prénatale à la vieillesse. Il y a un enjeu majeur à lutter contre la sédentarité chez les jeunes et à prévenir la sarcopénie chez les personnes âgées."
Un coût social colossal
Laurence Tiennot-Herment, présidente de l'AFM Téléthon et de l'Association Institut de myologie, rappelle une étude de France Stratégie : "Le coût social de la sédentarité atteint 140 milliards d'euros par an, soit plus de deux fois le budget de l'Éducation nationale."
Les muscles, bien plus que des moteurs
Les muscles ne servent pas uniquement à bouger. Fabrice Chrétien explique : "Ils aident à lutter contre les maladies métaboliques, neurodégénératives, les troubles psychiques (dépression, anxiété) qui touchent 20 % de la population, et même le cancer. La perte de muscle est souvent un signe de diagnostic, et une bonne masse musculaire permet de mieux supporter la chimiothérapie."
Après 60 ans, préserver le capital musculaire devient crucial. Pourtant, peu de personnes consultent un myologue. "Demain, il faudra des pédomyologues, des gérontomyologues, voire des psychiatres myologues", anticipe le professeur.
Les jeunes, premières victimes de la sédentarité
Boris Cheval, maître de conférences à l'École normale supérieure de Rennes, dresse un constat alarmant : "Les recommandations d'activité physique pour les enfants sont d'une heure par jour. Pourtant, 78 % des garçons et 85 % des filles de 11 à 17 ans ne les atteignent pas. Une étude sur 387 000 enfants dans 23 pays montre qu'à peine 7 % respectent ces recommandations."
Les conséquences sont multiples : baisse de la force physique, performances intellectuelles réduites, problèmes cardiaques, maladies chroniques, fragilité osseuse. "Notre environnement favorise la sédentarité, mais notre corps n'est pas fait pour ça. Il faut réintroduire le mouvement à l'école et au travail."
Une année entière assis durant la scolarité
Les chiffres sont édifiants : sur 11 430 heures d'école, les élèves passent les trois quarts du temps assis, soit l'équivalent d'une année complète (incluant les nuits) du CP à la terminale. "Bouger n'est pas une option, c'est une nécessité", insiste Boris Cheval.
François Carré, professeur de cardiologie et président du collectif Pour une France en forme, ajoute : "Un enfant qui ne marche pas deviendra un adulte sédentaire. Actuellement, 42 % des hommes et 70 % des femmes sont inactifs. Si rien ne change, en 2050, six adultes sur dix et un enfant sur trois seront obèses."
Chaque année, 40 000 à 50 000 personnes meurent en France des suites de la sédentarité. Des maladies traditionnellement liées à l'âge, comme le diabète de type 2 ou l'infarctus, apparaissent désormais chez les jeunes. "On voit des infarctus à 30 ans, et deux enfants obèses sur trois auront un accident cardiovasculaire avant 40 ans. Le système de santé ne pourra bientôt plus faire face."
L'activité physique, un enjeu de santé publique
Il est urgent que l'Éducation nationale prenne conscience que l'éducation physique n'est pas une perte de temps. "Aujourd'hui, un collégien de 12 ans n'arrive pas à suivre la course d'un homme de 60 ans. Et sans activité physique à 54 ans, l'espérance de vie n'est plus que de 10 ans."
Attention, activité physique ne signifie pas sport. Il s'agit de bouger au quotidien. François Carré explique les mécanismes : "Longtemps, on a cru que le sport était bénéfique car il brûle des calories. En réalité, quand on bouge, on libère des exerkines, des molécules qui améliorent la santé cardiovasculaire, métabolique, immunologique et neurologique. Sans activité physique, la mortalité est multipliée par quatre, le risque de chute par deux, et le risque d'hospitalisation augmente de 50 %."
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