Contrairement aux apparences, nous ne respirons presque jamais de façon égale par nos deux narines. Ce phénomène, appelé cycle nasal, est orchestré par le cerveau et joue un rôle essentiel dans le bon fonctionnement du nez. Plusieurs fois par jour, sans même que nous nous en rendions compte, nos narines alternent naturellement : l’une laisse passer davantage d’air que l’autre. Cette alternance, qui peut se produire toutes les deux heures environ lorsque nous sommes éveillés, est moins fréquente pendant le sommeil, car la respiration ralentit et le volume d’air inspiré et expiré diminue.
Les deux phases du cycle nasal
Le cycle nasal repose sur deux phases principales : la congestion et la décongestion. Pendant la phase de congestion, le flux d’air diminue dans une narine, tandis que l’autre est décongestionnée, permettant à davantage d’air d’y circuler. Mais cette narine « dominante » finit par se fatiguer : le passage continu de l’air l’assèche et l’expose davantage aux agents pathogènes. C’est précisément pour cette raison que les rôles des deux narines s’inversent régulièrement. Cette alternance est entièrement automatique, régulée de manière inconsciente par l’hypothalamus, une région du cerveau. Certaines personnes ne présentent toutefois pas de cycle nasal, notamment celles souffrant d’un trouble de l’hypothalamus.
Des variations selon la latéralité et l’état d’éveil
Des travaux suggèrent que la narine gauche est plus souvent dominante, en particulier chez les droitiers. Des études sur la respiration nasale indiquent aussi que lorsque la narine droite est dominante, l’organisme se trouverait dans un état de vigilance ou de stress. À l’inverse, lorsque la narine gauche prend le relais, le corps tendrait à être dans un état plus détendu. Selon Adam Taylor, professeur d’anatomie à l’Université de Lancaster, ce cycle remplit plusieurs fonctions essentielles pour la santé nasale.
Protection des voies respiratoires et réparation tissulaire
La première fonction du cycle nasal est de protéger la muqueuse du nez et l’ensemble des voies respiratoires. Chaque jour, au moins 12 000 litres d’air traversent le nez, qui constitue une première ligne de défense contre les agents pathogènes. L’alternance entre les deux narines limite les risques de lésions et permet aux tissus nasaux de conserver toute leur efficacité pour se défendre contre les microbes. Le nez a également besoin de temps pour se reposer et se réparer. L’air qui y circule assèche progressivement les muqueuses. Sans ces périodes de récupération, les tissus seraient plus vulnérables aux infections et à l’inflammation. La phase de congestion s’accompagne d’une augmentation du flux sanguin dans les vaisseaux du nez, ce qui maintient les muqueuses hydratées et favorise leur réparation et leur régénération. Cet afflux sanguin contribue aussi à réchauffer et humidifier l’air lorsqu’il traverse la narine.
Les perturbations du cycle nasal
De nombreux facteurs peuvent perturber le fonctionnement normal du cycle nasal. Les infections respiratoires, comme le rhume ou la grippe, entraînent une augmentation de la production de mucus, ce qui gêne l’alternance naturelle entre les deux narines. Les allergènes, comme le pollen ou les acariens, peuvent provoquer une forte inflammation des tissus du nez, perturbant à leur tour le bon déroulement du cycle nasal. Certains médicaments, notamment ceux prescrits contre l’hypertension, peuvent irriter la muqueuse nasale en agissant sur les vaisseaux sanguins dans tout l’organisme, y compris ceux du nez.
L’utilisation excessive de décongestionnants nasaux (plus de cinq jours d’affilée) peut provoquer une rhinite médicamenteuse, une forme de congestion causée par ces médicaments eux-mêmes. Le gonflement brutal des tissus nasaux perturbe alors le fonctionnement normal du cycle nasal. Chez d’autres personnes, ce sont des anomalies anatomiques qui perturbent le cycle. Les polypes nasaux, présents chez environ 4 % de la population, sont des excroissances de la muqueuse qui réduisent le passage de l’air et donnent l’impression que les deux narines sont en permanence bouchées. Une déviation de la cloison nasale – lorsque la paroi de cartilage et d’os qui sépare les narines n’est pas centrée – peut également provoquer une sensation persistante de nez bouché. Dans certains cas, une intervention chirurgicale est nécessaire pour améliorer la respiration et la qualité du sommeil.
Influence de la position et conseils pratiques
Même des facteurs aussi simples que le fait de s’allonger ou de s’avachir peuvent influencer le cycle nasal. En position allongée, le sang afflue davantage vers les tissus du nez. Sous l’effet de la gravité, le contenu des sinus se déplace également vers la narine la plus proche de l’oreiller, ce qui peut boucher cette narine et perturber le fonctionnement normal du cycle. Si vous avez le nez bouché, les infections respiratoires sont le plus souvent en cause. La congestion peut mettre jusqu’à deux semaines à disparaître. En cas de sinusite, les symptômes peuvent persister jusqu’à quatre semaines. Les allergies au pollen sont une autre cause fréquente de perturbation du cycle. Pendant la saison des pollens, la prise régulière d’antihistaminiques peut contribuer à soulager les symptômes et à réduire la congestion. En revanche, si une narine reste bouchée de façon persistante pendant plus de deux semaines, il est préférable de consulter un médecin, surtout en cas d’écoulement nasal inhabituel ou de sécrétions anormales.



