Un projet de 132 logements locatifs sociaux, porté par la SCCV Olympe, doit être construit sur une friche au 26 chemin de Boujan, à Villeneuve-lès-Béziers. Cinq bâtiments de deux étages (environ dix mètres de haut) sont prévus à seulement trois mètres du mur mitoyen de la propriété de la famille Orivès, qui réside là depuis plus de cinquante ans. Les riverains dénoncent une densification urbaine trop brutale et un impact direct sur leur cadre de vie.
Un quartier pavillonnaire qui se transforme rapidement
Le quartier de la rue des Gloriettes, entre l'avenue Pierre-Bérégovoy (route d'Agde) et la voie ferrée, était autrefois une campagne cernée par les vignes. Il se transforme à toute allure ces dernières années : des immeubles, le plus souvent HLM, y poussent sur la moindre friche ou dent creuse. Déjà, deux bâtiments de 50 logements chacun ont été construits le long de la propriété familiale, avec des balcons qui donnent sur une partie de leurs extérieurs.
Mélanie et Mylène Orivès, qui vivent dans trois maisons abritant trois générations, ont découvert qu'un nouveau projet allait voir le jour : cinq bâtiments en R+2, pour un total de 132 appartements locatifs sociaux, toujours porté par la SCCV Olympe. "Le pire, c'est que les deux résidences déjà construites, qu'on trouve pourtant bien proches, sont implantées à 8 m de notre mur mitoyen, quand le projet à venir du chemin de Boujan est, lui, prévu à 3 m !", s'alarme Mélanie Orivès. "On va perdre la vue mais surtout l'intimité de notre jardin avec un vis-à-vis direct, la qualité de notre cadre de vie dans une maison que mon mari et mon beau-père ont mis trois ans à construire. C'est oppressant."
Des infrastructures inadaptées selon les riverains
Au-delà de leur cas personnel, les deux mères de famille s'inquiètent des conséquences d'un tel afflux de population dans le quartier. Selon l'Insee, la taille moyenne des ménages est de 2,14 personnes, ce qui porterait le projet à plus de 280 nouveaux habitants. Elles soulignent que la voirie n'est pas calibrée pour une telle densité : "Les gens de ces résidences vont sortir sur le chemin de Boujan, à deux pas du petit pont de la voie ferrée où l'on ne peut pas se croiser de front et où la circulation est déjà saturée aux heures de bureau et d'école", poursuit Mélanie Orivès. "Sans compter le stationnement, qui est déjà fort compliqué dans le quartier."
L'unique école de la commune, qui réunit maternelle et élémentaire, est également une source d'inquiétude. L'établissement est passé de 338 enfants en 2020 à 395 lors de cette rentrée, et les riverains se demandent s'il pourra accueillir de nouveaux élèves. La question de la sécurité est aussi évoquée : "La présence de nouveaux immeubles aiguise l'appétit des cambrioleurs, entraîne des incivilités et favorise l'apparition de points de deal. Est-ce que la ville est armée pour ça ?"
Un recours devant le tribunal administratif
Le projet a déjà connu plusieurs vicissitudes. En septembre 2023, l'ancien maire de Villeneuve, Michel Solans, avait opposé un sursis à statuer au permis de construire, en attendant la révision du Plan local d'urbanisme (PLU). La SCCV Olympe a contesté cette décision et le juge administratif a levé le blocage le 4 décembre 2025, décision effective depuis le 3 mars 2026.
La famille Orivès a saisi l'avocate Me Charlène Dhérout, qui a déposé un recours contre le permis de construire cet été. Selon l'avocate, le projet ne respecterait pas plusieurs dispositions du PLU, ainsi que d'autres documents urbanistiques comme le PPRI (Plan de prévention du risque incendie). La décision du juge administratif devrait tomber d'ici quelques mois.
En attendant, la famille Orivès a "essayé d'alerter la préfecture et la sous-préfecture mais sans jamais avoir de réponse. On a fait du porte-à-porte aussi pour faire signer une pétition et les riverains ont exprimé, eux aussi, beaucoup de désarroi face à cette urbanisation galopante."
Le promoteur défend un projet nécessaire
Necmi Arikan, gérant de Nemesis, promoteur immobilier et maison mère de SCCV Olympe, défend le projet. "C'est un programme immobilier qui traîne depuis trois ans, que l'on a étudié et construit dans les règles, avec un cabinet d'architecte qui a étudié et pris en compte toutes les dispositions du PLU : largeur et hauteur des bâtiments, capacités d'assainissement, voiries, etc."
Il souligne le manque criant de logements, notamment sociaux, à Béziers et ailleurs, et l'augmentation des loyers de 30 à 35 % due à cette pénurie. "Avec l'arrêt du dispositif Loi Pinel, le bâtiment traverse une crise majeure : nombre d'entreprises sont en cessation de paiements ou en liquidation judiciaire. Pour ma part, on est passé de 30 à 5 salariés pour y faire face, avec un chiffre d'affaires en régression."
Interrogé sur une éventuelle modification du projet pour le rendre moins dense, il répond : "Non, d'une part, parce que ça a été fait dans les règles et d'autre part, parce qu'il faudrait alors refaire toutes les études et redéposer un nouveau permis de construire. Or, ça nous a déjà coûté trop d'argent. Il faut dépasser les petits intérêts égoïstes d'une poignée pour l'intérêt général." Il affirme avoir tenté de joindre à plusieurs reprises la maire de Villeneuve-lès-Béziers, Aurélie Pace, sans succès.
Les riveraines, de leur côté, défendent l'idée "d'une urbanisation progressive et moins brutale. Notre objection porte davantage sur la densité affichée. On pourrait imaginer des immeubles plus petits, à un étage, avec quelques maisons en accession à la propriété, des espaces verts et une réalisation progressive." "Le développement urbain est normal", conclut Mylène Orivès, "encore faut-il qu'il se fasse de manière modérée et humaine, sans cette impression désagréable qu'on entasse les gens."