Des perquisitions ont été menées ce mardi 29 septembre à Nice dans le cadre d'une enquête initiée par la justice ukrainienne sur la fourniture de 85 millions d'euros de matériel militaire défectueux aux soldats ukrainiens. Les investigations, confirmées par le parquet général de Kiev, visent à déterminer si l'argent de cette escroquerie présumée a été blanchi sur la Côte d'Azur.
Des perquisitions dans le centre-ville de Nice
Selon une source diplomatique ukrainienne, « des investigations ont été lancées cette semaine dans le sud de la France ». Une information confirmée par le parquet général de Kiev : « Dans le cadre d'une procédure pénale et d'une commission rogatoire internationale, les forces de l'ordre ukrainiennes mènent des actes d'enquête à Nice », précise sa porte-parole, Olena Farion.
Les perquisitions ont eu lieu dans deux immeubles du centre-ville, boulevard Gambetta et rue Dante. Ces adresses abritent le siège social de deux sociétés à vocation immobilière, toutes deux gérées par un certain Milmat M., un jeune entrepreneur de 22 ans. Selon les éléments recueillis, il serait le fils d'Isa M., l'ancien patron de Milmaltemer Ltd, la société bulgare au cœur du scandale.
Une résidence hôtelière à Villeneuve-Loubet
La trace du jeune Milmat mène également à Villeneuve-Loubet, où la SCI Azur a acquis en mai 2023 une résidence touristique proche de la mer pour 2,7 millions d'euros. Dans cette entreprise hôtelière, il est associé à Yevgeniia V., une Ukrainienne de 28 ans. Selon la plateforme d'investigation OCCRP, elle serait la fille de Gennadiy Pavlovych V., un ancien cadre du ministère de la Défense ukrainien, qui dirigeait le département du développement du soutien matériel aux forces armées.
Cet ex-fonctionnaire, aujourd'hui introuvable, aurait pu favoriser les transactions au profit de Milmaltemer Ltd. À Kiev, le département des affaires spéciales a ouvert une enquête judiciaire. Des tests balistiques ont révélé que les 95 000 gilets pare-balles fournis, censés stopper des tirs de kalachnikov, ne résistaient pas aux balles de 9 mm. Ils avaient pourtant été vendus 800 euros l'unité.
Des commandes maintenues malgré les malfaçons
Plus surprenant encore, malgré les malfaçons évidentes, le ministère de la Défense ukrainien a continué à passer commande auprès de son fournisseur, notamment pour des tenues de camouflage. Cette situation laisse supposer l'existence de complicités internes, dont la piste a conduit les enquêteurs jusqu'à la Côte d'Azur.
Le contexte de cette affaire remonte au 5 mars 2022, lorsque le ministère de la Défense ukrainien a commandé 30 000 gilets pare-balles, dix jours après le lancement de l'« opération spéciale » de Vladimir Poutine et l'arrivée des troupes russes aux portes de Kiev. Un premier marché de 24 millions d'euros a été passé avec la société bulgare Milmaltemer, suivi d'autres commandes jusqu'à la fin de l'année 2022, pour un total d'environ 85 millions d'euros. Les gilets et treillis fournis se sont révélés de piètre qualité, au point que les soldats ukrainiens ont refusé de les porter sur le front. Les commandes ont néanmoins été réglées intégralement, et l'argent de cette affaire pourrait avoir été réinvesti dans l'immobilier de la Côte d'Azur.