Jonathan Boismard : interné en psychiatrie, il raconte la "machine de contrôle social"
Interné pour bipolarité, Jonathan Boismard témoigne

Un témoignage unique sur l'internement forcé

Jonathan Boismard, interné d'office il y a neuf ans pour bipolarité de type 1 (anciennement maniaco-dépression), livre un récit atypique dans "Une Vie de fêlé". Contrairement aux ouvrages de Valérie Valère ou Philippa Motte, son livre ne crie pas sa rage ni ne glace le sang : il s'adresse à la psychiatrie depuis l'intérieur, avec un regard sociologique. Il qualifie l'hôpital psychiatrique de « machine de contrôle social ».

Le diagnostic de bipolarité : un concept élastique

Boismard explique que le terme « bipolarité » est devenu élastique en 1994, lorsque le filet diagnostique a commencé à englober les simples hauts et bas humains. Lui-même souffre de revirements spectaculaires : des jours de joie et de puissance vertigineuse succèdent une détresse soudaine et l'envie d'en finir. Ces symptômes ont conduit à son internement après la naissance de son enfant.

« On m’a accusé de délire, de mégalomanie, de confusion. On m’a contraint à rester », raconte-t-il dans l'ouvrage. Contraint de subir un traitement chimique, il a entrepris d'étudier les molécules qu'on lui administrait ainsi que les acteurs du système : médecins, reclus et recluses.

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Une analyse sociologique de la psychiatrie

Boismard voit dans l'institution psychiatrique un outil de contrôle social plus qu'un lieu de soin. « On soigne moins qu’on ne gère chimiquement », affirme-t-il. Son livre est structuré comme une lettre adressée à sa première psychiatre, un plaidoyer pour une approche plus humaine. Il y dénonce l'absence de dialogue et la standardisation des traitements.

Selon lui, le diagnostic de bipolarité, depuis 1994, a été étendu à des états émotionnels normaux, pathologisant la diversité des humeurs. Cette extension a permis d'augmenter le nombre de patients sous médication, mais a également conduit à des internements abusifs comme le sien.

Un appel à repenser la psychiatrie

"Une Vie de fêlé" ne se contente pas de critiquer ; il propose une réflexion sur la place du patient dans le système. Boismard insiste sur la nécessité de soins personnalisés et d'une écoute réelle, plutôt qu'une gestion chimique des symptômes. Il appelle à une réforme profonde de la psychiatrie, trop souvent perçue comme une institution de répression douce.

Son témoignage, publié le 26 juillet 2026, a suscité des débats dans le milieu médical. Pour l'auteur, l'internement forcé ne devrait être qu'un dernier recours, et jamais un moyen de gérer les différences émotionnelles.

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