Procès Esfandiari : la justice française rend sa décision dans un contexte d'échange avec Téhéran
Procès Esfandiari : décision française dans un contexte d'échange

La justice française rend sa décision dans le procès d'apologie du terrorisme

La justice française doit rendre sa décision ce jeudi 26 février dans le procès pour apologie du terrorisme de l'Iranienne Mahdieh Esfandiari. Cette affaire revêt une dimension diplomatique particulière car Téhéran souhaite échanger sa ressortissante contre les deux Français Cécile Kohler et Jacques Paris, actuellement assignés à l'ambassade de France en Iran.

Une affaire aux enjeux judiciaires et diplomatiques

Lors de l'audience du 16 janvier, le parquet avait requis quatre ans de prison dont trois avec sursis, assortis d'une interdiction définitive du territoire français. La procureure avait estimé qu'il n'était pas nécessaire de réincarcérer l'accusée, celle-ci ayant déjà effectué huit mois de détention provisoire.

L'issue de ce procès est attendue avec une grande fébrilité par les proches de Cécile Kohler et Jacques Paris. Cette décision intervient dans un contexte de haute tension en Iran, pays secoué par de récentes contestations réprimées dans le sang et menacé d'une intervention militaire américaine.

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La demande d'échange des autorités iraniennes

Les autorités iraniennes ont clairement exprimé leur souhait d'échanger, une fois la procédure judiciaire close en France, leur ressortissante contre les deux Français. Ces derniers avaient été incarcérés en Iran en mai 2022 avant d'être condamnés à de lourdes peines pour espionnage, puis libérés début novembre 2025 avec interdiction de quitter le territoire iranien.

Âgée de 39 ans, Mahdieh Esfandiari, née en Iran et arrivée en France en 2018, était jugée à Paris pour plusieurs chefs d'accusation :

  • Apologie du terrorisme
  • Provocation directe en ligne à un acte de terrorisme
  • Injure publique en ligne en raison de l'origine, ethnie, nation, race ou religion
  • Association de malfaiteurs

Quatre hommes étaient également jugés dans cette même affaire. « On attend que la justice relaxe Mme Esfandiari », a déclaré mercredi son avocat, Me Nabil Boudi, ajoutant que sa cliente « veut être blanchie ». Concernant l'éventuel échange avec les deux Français, il a précisé : « Tout dépendra de la décision à venir ».

Les accusations portées contre Mahdieh Esfandiari

La justice française accuse Mahdieh Esfandiari d'avoir alimenté les comptes de l'organisation Axe de la Résistance en 2023 et 2024, sur les réseaux sociaux et le site Égalité et Réconciliation de l'essayiste français d'extrême droite Alain Soral, déjà multicondamné.

À la barre, cette admiratrice des gardiens de la révolution, qui a traduit en français des ouvrages publiés par une maison d'édition rattachée au régime iranien, a reconnu être à l'origine de la chaîne Axe de la Résistance, mais a contesté être l'auteure des publications incriminées.

Elle a publiquement cautionné les massacres du 7 octobre 2023 commis par le Hamas en Israël, déclarant : « Il y a eu des enfants tués, des femmes tuées, des prises d'otages du côté palestinien et le 7-Octobre, c'était une réponse logique ». Avant d'ajouter : « Ce n'est pas un acte de terrorisme, c'est un acte de résistance ».

La position officielle de Téhéran

Téhéran estime que sa ressortissante a été injustement détenue et a publiquement demandé son échange contre Cécile Kohler et Jacques Paris. « Cet échange entre nous et la France a été négocié. Il y a eu un accord et en effet, nous attendons que toute la procédure juridique et judiciaire se fasse dans les deux pays », a déclaré fin novembre le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la chaîne France 24.

Il a précisé : « Le verdict a été prononcé mais comme je vous l'ai dit, sur la base de la loi iranienne […] les prisonniers, sur la base des intérêts nationaux, peuvent être échangés ». Et d'ajouter : « Tout est prêt. Nous attendons que le processus judiciaire s'achève en France ».

Au ministère français des Affaires étrangères, on a pris acte de ces déclarations tout en soulignant que la justice française reste indépendante dans ses décisions.

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La situation des deux Français en Iran

Concernant Cécile Kohler, 41 ans, et Jacques Paris, 72 ans, la procédure judiciaire est close en Iran : ils ont déjà purgé trois ans et demi de prison et ont été condamnés en octobre dernier respectivement à 20 et 17 ans de prison pour espionnage au profit notamment d'Israël.

Les deux ressortissants français ont pu sortir de prison mais restent assignés à résidence à l'ambassade de France à Téhéran. « Ils vont bien. Ils sont en sécurité », a déclaré mercredi le porte-parole du Quai d'Orsay Pascal Confavreux.

Un contexte régional particulièrement tendu

Les modalités d'un tel échange restent inconnues, alors qu'une grande incertitude continue de peser sur la situation en Iran. Les États-Unis, qui ont multiplié les menaces d'attaque en cas d'échec de la diplomatie sur le programme nucléaire iranien, ont déployé un dispositif militaire massif dans la région du Golfe.

Des pourparlers doivent d'ailleurs reprendre ce jeudi à Genève, ajoutant une dimension supplémentaire à cette affaire judiciaire qui dépasse largement le cadre strict du tribunal pour s'inscrire dans des enjeux géopolitiques majeurs.