La propriétaire du bar incendié dans la nuit du Nouvel An à Crans-Montana, Jessica Moretti, a été inculpée vendredi 5 juin d'un nouveau chef d'accusation : faux dans les titres. Cette décision intervient alors qu'elle et son époux étaient entendus par les procureurs dans le cadre de l'enquête sur l'incendie dévastateur qui a ravagé le bar Le Constellation.
Un tournant judiciaire salué par l'avocat d'une victime
Me Jean-Claude Guidicelli, avocat toulonnais représentant Gaëtan T., un barman varois de 28 ans rescapé de l'incendie, a qualifié cette nouvelle inculpation de « tournant judiciaire ». Selon lui, en produisant un document apocryphe, Jessica Moretti confirme ce que l'on pensait d'elle et de son mari : ce sont des corrupteurs de la vérité. Il dénonce leur comportement depuis le début, affirmant qu'ils s'évertuent à travestir la vérité, animés par un rapport pathologique à l'argent, sans jamais prendre leurs responsabilités.
Son client, désormais en traitement dans une clinique de Montpellier, est particulièrement agacé. Il attend toujours que le couple lui verse deux mois de salaire, soit 6 000 francs suisses (environ 6 540 euros).
14 personnes inculpées dans l'affaire
Au total, 14 personnes sont placées sous investigation pénale pour incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence. L'extension de l'instruction à ce nouveau chef de prévention, faux dans les titres, était attendue, selon Me Christophe de Galembert, avocat de parties civiles. Il souligne que des questions très légitimes se posent sur une facture en lien avec la provenance de la mousse utilisée lors de la soirée.
Me Romain Jordan a précisé qu'il s'agit d'une mise en prévention pour une fausse facture, pas n'importe laquelle : une facture liée à la provenance de la mousse. Qui a acheté la mousse, quand a-t-elle été achetée, quel est le fournisseur ? Autant de questions qui restent sans réponse, déplore Me de Galembert, qui fustige une inertie incroyable dans les auditions.
Les Moretti gardent le silence
Arrivés à 8 heures dans un véhicule de police banalisé, les Moretti ont accédé au bâtiment universitaire abritant les audiences par une entrée séparée, sans répondre aux questions des journalistes. Leurs avocats ont également gardé le silence. Les familles des victimes et les rescapés peuvent assister aux auditions. Laetitia Brodard-Sitre, dont le fils Arthur, 16 ans, est décédé dans le drame, y a assisté, vêtue de blanc, une photo de son fils sur le cœur. Elle a déploré que les Moretti se victimisent pendant l'audition, alors qu'elle estime avoir mis son enfant dans un établissement non conforme aux normes de sécurité.
Entendus séparément en février, les Moretti comparaissaient pour la première fois depuis cette date. L'audition de M. Moretti, prévue le 7 avril, avait été reportée après le dépôt de certificats médicaux par ses avocats.



