Un enseignant d'éducation physique et sportive dans un collège de Nîmes, âgé de 24 ans, a été condamné ce lundi 19 octobre à 18 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire par le tribunal correctionnel de Nîmes. Il était poursuivi pour des jets de projectiles contre les forces de l'ordre au rond-point du Kilomètre Delta, où un policier a été blessé au pied (trois jours d'ITT), ainsi que pour participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations.
Des affrontements violents en marge de la mobilisation
Alors que près de 3 000 personnes manifestaient pour l'enseignement et le pouvoir d'achat ce samedi à Nîmes, des tensions ont éclaté. Selon la présidente de l'audience, Mathilde Pagès, vers 17 h 30, les policiers ont été alertés du vol d'un véhicule de chantier au parc Jacques-Chirac et de la présence du cortège au Kilomètre Delta. Sur place, ils ont fait face à près de 300 personnes visiblement hostiles.
« Ils expliquent qu'ils ont été la cible d'insultes. On leur crie ACAB (All cops are bastards, NDLR) et certains leur jettent des pierres, des vélos, des barrières de chantier ou encore des barres de fer pendant près de 30 minutes », a précisé la présidente. Le prévenu ferait partie de ces individus.
Le prévenu conteste avoir voulu blesser les policiers
À l'audience, d'une voix chevrotante, l'enseignant a expliqué avoir été entraîné par « l'engouement de la foule ». « J'ai agi dans le cadre de la riposte face au gaz lacrymogène. J'ai vu toute la foule jeter des pierres, j'ai pas réfléchi », a-t-il affirmé, tout en contestant avoir voulu blesser les policiers. Il a dit être venu soutenir les lycéens et les enseignants, mais aussi les Gilets jaunes. « J'ai honte », a-t-il reconnu.
« J'ai fait un bac + 5, je sais réfléchir, et là, les 39 heures de garde à vue, ça vous fait redescendre de 15 étages. Je ne veux pas qu'on m'associe aux casseurs », a-t-il poursuivi. Plusieurs éléments ont toutefois interrogé le tribunal, notamment des images le montrant seul sur le rond-point, contrairement à ses déclarations. Son accoutrement lors de la manifestation a également intrigué : un casque de vélo, un blouson et des gants de motard, un masque de piscine et un masque chirurgical. « Je suis pas naïf, j'ai vu les images des manifestations. On m'a conseillé de me protéger », s'est-il justifié.
Un candidat aux réservistes de la police nationale
La procureure a relevé des messages que le prévenu avait envoyés à son père la veille de la manifestation, où il déclarait notamment : « C'est la guerre ». Me Lauriane Dillenseger, qui représente le policier blessé ainsi qu'une autre policière, a rappelé que les forces de l'ordre sont elles aussi confrontées aux difficultés de pouvoir d'achat, sans pouvoir manifester. « Ils sont là pour vous surveiller, assurer qu'il n'y ait pas de débordements. Vous pensez qu'ils ressentent quoi quand ils se retrouvent face à 300 personnes qui les insultent de bâtards ? », a-t-elle interrogé.
Une attitude d'autant plus intrigante que le vingtenaire avait candidaté pour rejoindre les réservistes de la police nationale l'année passée. La procureure, estimant que « rien ne justifie que l'on s'attaque de la sorte aux policiers », a requis 18 mois de prison, dont six avec sursis probatoire, ainsi que des interdictions de port d'arme, de paraître sur les lieux de manifestations à Nîmes et d'exercer dans la fonction publique.
La défense plaide la clémence
En défense, Me Hugo Ferri a dénoncé une volonté de faire de son client un exemple. Il a rappelé l'absence d'antécédents judiciaires et plaidé pour une peine plus clémente, estimant que la garde à vue a permis au jeune homme de prendre conscience de la gravité des faits. En guise de dernier mot, le prévenu a manifesté son respect aux policiers.
À l'issue du délibéré, l'enseignant a été condamné à 18 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire, à une interdiction de paraître dans les lieux de manifestation en Occitanie, à une interdiction de port d'arme et à indemniser les parties civiles à hauteur de 1 000 et 1 500 euros. D'autres dossiers ont été jugés tard dans la soirée, notamment un jeune, tout juste majeur, qui comparaissait pour des dégradations dans deux commerces de Nîmes.